Bloc-notes de Toncrate
C’est un peu plus tard que les Athéniens devaient s’atteindre (sic) et que les motocyclistes en fonçant à tombeau ouvert sur la route de Ganges vinrent télescoper mon Tontonzio unique et préféré. C’est ainsi qu’ils firent connaissance, puis que nous les vîmes débarquer de concert au Bélougue, alors que nous étions en train de fêter les fiançailles de Carole et d’Aurélien, mais ça je crois que je te l’ai déjà raconté.
Les précisions apportées par les récits des trois nouveaux venus sur la façon dont ils s’étaient sortis indemnes de la pire calamité que connaissait l’humanité, permirent d’y voir un peu plus clair quant à l’origine des événements.
Maman qui est assez scientifique dans ses raisonnements analysa la situation et découvrit un point commun à chacun des groupes qui avait échappé au désastre.
« Ce qui apparaît clairement, commença-t-elle, c’est que le fait d’avoir été isolé de l’atmosphère semble être acquis dans trois cas sur quatre, au moment où la contamination s’est produite :
Concernant Ada, Dana et les autres passagers en vol dans le laps de temps concerné, les systèmes de pressurisation des avions ont constitué un rempart absolu contre l’environnement extérieur.
Pour Ginno qui utilisait l’air de ses bouteilles de plongée à l’heure fatidique, c’est d’autant plus évident qu’il respirait de l’oxygène en conserve.
A l’hôpital nous avons opéré Tawen au bloc 1, celui qui est équipé des derniers perfectionnements en terme d’atmosphère confinée. Pendant toute la durée de l’intervention nous sommes restés parfaitement isolés du reste du monde.
Reste le cas de Titou et des enfants. Ils étaient au Bélougue au moment considéré et, que je sache, il n’y a pas de pièce étanche ici. C’est l’exception que je ne m’explique pas. »
Tandis que maman soulevait la question, dans ma petite tête je me rappelais de ce qui nous avait rendus étanche. Au moment où les gens avaient été paralysés, nous nous trouvions sûrement au plus profond de la grotte, sous la terre à respirer de l’air emprisonné depuis des siècles. Mais ça, ma mère ne le savait pas. Pourquoi ? Parce que mon père ne le lui avait pas dit, pardi ! En effet, maman n’aurait jamais autorisé une expédition aussi dangereuse ; l’opération restait tacitement dans le cadre d’une affaire entre papa, Brice et moi. Cependant le fait semblait trop important à présent pour être passé sous silence, c’est pourquoi, toute excitée de ma trouvaille, je vendis la mèche.
« Mais si ! Nous étions à l’abri tous les trois, déclarai-je en tonitruant.
— Comment ça, à l’abri ? demanda maman
— Hébé ! dans la grotte !
— Quelle grotte ?
— Au trou de la Baronne, tu sais bien, là où la rivière s’enfonce sous la falaise.
— Mais ce n’est pas possible, ces grottes sont bien trop profondes et seulement accessibles à des spéléologues confirmés, sûrement pas à des enfants !
Alors papa intervint :
— Minou a raison, avoua-t-il, c’est vrai. Je ne t’en avais pas parlé car sur le moment ça ne m’apparaissait pas nécessaire et puis après je n’y ai plus pensé, mais nous étions bien dans les grottes ce dimanche là.
— Seigneur ! Comment avez-vous fait pour y accéder ? interrogea maman.
— Papa nous a fait traverser sur son dos, et on est passé sous l’eau. C’était trop bien comme aventure !
— Grand Dieu !
Titou essaya de se justifier.
— J’avais pris toutes les garanties de sécurité tu sais. Et puis, si on l’avions pas fait, nous ne serions pas là pour en parler maintenant »
Ce n’était pas faux et ça valait toutes les excuses.