Bloc-notes de Toncrate
Ce qui aurait pu ressembler à un jeu d’enfant en d’autres circonstances se mua vite en une épreuve déplaisante. La glissade le long de la rampe humide s’achevait dans un désordre grandissant. Il faut dire qu’il n’y avait personne à la réception et que chacun devait se débrouiller par lui-même pour se relever le cœur battant et le cul trempé. Ensuite il fallait courir à l’abri de l’auvent du bâtiment le plus proche. Là une hôtesse s’occupait de nous regrouper en nous garantissant à grands coups de sourire que le plus dur était derrière nous, que tout irait bien à présent.
En réalité, on ne savait pas trop ce qu’il se tramait. Sauf que nous étions mal accueillis à l’arrivée de notre voyage, et même pas du tout accueillis. Pas le moindre véhicule de secours venu à notre rencontre après notre acrobatique évacuation. Cela n’était pas naturel.
Quand l’ensemble des passagers eut rejoint l’abri des hauts murs nous nous mîmes en route sous la direction du commandant de bord. Nous étions une centaine, de tous âges et de toutes conditions. Sans bagages nous ressemblions à de pauvres hères marchant dans l’immense décor futuriste de la zone aéroportuaire. Après quelques centaines de mètres parcourus sous la pluie fine qui n’avait pas cessé de tomber, nous entrâmes par une porte métallique dans un immense bâtiment de béton, nous enfilâmes un interminable couloir barré de plusieurs portes coupe-feu que nous franchîmes les unes après les autres avant de déboucher dans le hall gigantesque de l’aéroport.
Il y avait beaucoup de monde qui allait et venait sur le pavé, du brouhaha réverbéré par le volume des espaces, des enfants qui s’agitaient et s’exprimaient un peu partout. Dans des fauteuils, sur des bancs, à même le sol, de nombreux voyageurs étaient installés dans l’attente. Certains semblaient dormir dans d’inconfortables positions. L’ensemble donnait l’image surréaliste d’une foule de gens désœuvrés, désorientés, abandonnés. Un peu comme l’impression d’anarchie qu’on constate un jour de grève à Roissy, si vous voyez ce que je veux dire…
On nous demanda de rester groupé pendant que le commandant allait aux nouvelles mais nous nous étions éparpillés bien avant son retour, chacun d’entre nous essayant de se renseigner de son côté à propos de la situation en ajoutant ainsi à la confusion qui régnait dans l’immense hall du terminal 4 de l’aéroport international d’Heathrow