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Bloc-notes de Toncrate

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73 – Du retard à l’atterrissage

 

Mais à l’heure dite, les minutes s’accumulaient en poignées et le vol n’en finissait pas d’arriver. L’avion décrivait de grands cercles dans le ciel au-dessus des nuages comme s’il attendait l’autorisation de se poser. Après plusieurs rotations le commandant fit une annonce aux passagers. D’une voix rassurante il indiqua qu’à la suite d’un problème de communication avec la tour de contrôle d’Heathrow le vol accuserait un léger retard sur l’heure prévue d’arrivée mais que tout allait rentrer dans l’ordre dans les minutes qui suivraient.

Des minutes qui durèrent pas loin d’une heure, alimentant progressivement l’inquiétude des voyageurs. Ada pensait au train qu’elle devait attraper avec sa sœur. Le retard allait rendre leur correspondance compliquée ; pour sa part Dana râlait de voir le temps promis à faire du shopping se réduire de plus en plus à une peau de chagrin.

 

Finalement, au soulagement de chacun, l'appareil vint se poser sur la piste luisante de l’aéroport. Il pleuvait sur le plancher des vaches, cette pluie fine et pénétrante spécifique aux pays de Bretagne. Peut-être était-ce la raison des problèmes ? … L’avion mit encore du temps pour manœuvrer en bout de piste avant de s’immobiliser.

 

De nouveau de longues minutes passèrent, s’ajoutant encore au retard accumulé, et comme rien ne semblait bouger du côté du tarmac les passagers commencèrent vraiment à s’impatienter. Qui employait des noms d’oiseaux contre la compagnie, qui pestait à propos du temps pourri, d’aucuns annonçaient déjà qu’ils s’apprêtaient à réclamer une ristourne sur le prix de leur voyage. 

Mais chacun se calma d’un seul coup lorsque le commandant de bord fit une nouvelle annonce au micro, par laquelle il indiqua que compte tenu de circonstances exceptionnelles, les passagers étaient invités à évacuer la carlingue en utilisant les toboggans de secours qui venaient d’être déployés. Le ton de sa voix était posé et calme ; l’homme précisa qu’il n’y avait pas de danger particulier à bord, que chacun devait garder son sang froid et suivre les instructions des hôtesses afin que la sortie de l’appareil se déroule en toute sécurité. Il ajouta que ce désagrément était seulement dû à une défaillance des services au sol qui empêchait le déploiement des passerelles de liaison.

 

Tout ceci avait l’air rassurant, trop rassurant peut-être. Si bien que les quidams n’y crûrent qu’à demi-mot et qu’insensiblement l’atmosphère se fit plus dense dans la cabine, les respirations irrégulières, les mots lâchés furent soudain moins choisis et les mouvements de certains parfois un peu trop vigoureux pour être honnêtes s’apparentaient à des gestes dont le but inavoué était  d’approcher au plus vite les issues de secours.



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