Bloc-notes de Toncrate
Si seulement il avait pu leur téléphoner pour apaiser son inquiétude ! Mais non. Les appareils mis à la disposition du public qu’il essayait d’utiliser dans les stations-service se trouvaient systématiquement hors d’usage. Pas de tonalité. Rien ne fonctionnait normalement. Quant à son propre portable il était resté sur l’île de Lipari dans sa chambre d’hôtel. Il ne l’avait pas emporté pour la sortie en mer. A quoi bon ? Il n’y a pas de réseau loin des côtes. Mais aurait-il pu seulement s’en servir ? Il en doutait à présent.
Il avait raison de douter. A ce moment là, Ginno ignorait encore toute l’ampleur de la catastrophe qui avait affecté la planète. A chaque instant il espérait atteindre le bout de la zone sinistre, il s’attendait à rencontrer à nouveau des autos, des camions, à revoir les traits blancs des jets qui déchirent le ciel en altitude, et encore d’autres signes de vie que les hommes laissent habituellement derrière eux comme des marques de fabrique.
Mais rien de tout cela ne se produisit. Depuis Rome jusqu’à Sienne Ginno traversa un pays complètement désert. En arrivant à la maison de Costal il fut forcé de constater qu’il n’y avait personne pour l’accueillir.
Pourtant le salon semblait laissé en plan de peu de temps. Sur la table basse, un programme de télévision était marqué à la page du dimanche. Dans la cuisine le fenestron était ouvert et la vaisselle du petit déjeuner posée sur l’égouttoir en attendant simplement d’être rangée. Ginno visita les chambres. Celle de ses parents présentait les indices d’une occupation récente. Antoine et Geneviève avaient dû se trouver quelque part dans le coin, peut être en ville, lorsque s’était produit le phénomène incompréhensible qui avait paralysé les habitants de ce pays. Sans doute étaient-ils descendus jusqu’à Sienne. Ginno se souvenait qu’en été, le dimanche, se tenait un marché coloré où ses parents appréciaient de faire des emplettes.
Fort de ses déductions, Ginno se fixa comme objectif de retrouver son père et sa mère, quoi qu’il advienne. Dès le lendemain il partirait à leur recherche et ramènerait leurs corps à la villa afin de leur donner une sépulture décente.
Trop absorbé par ses réflexions il n’entendit pas le petit bruit mat du côté de la cuisine. Lorsque le chat de la maison apparut à la porte du salon et vint sur lui comme une flèche, ça le fit sursauter de surprise.
« Bon sang ! Fiocco ! C’est bien toi Fiocco ? Tu es là ! Oh ! … Tu m’as fichu une drôle de trouille ! … Malheureux ! Que tu es maigre ! Ça fait longtemps que tu n’as pas mangé ? … Tu dois avoir une faim de loup ! »
Et l’animal de répondre énergiquement :
« Maôôôw… maôôôw… maôôôwww ! »
Ce qui voulait dire qu’oui, non mais… sans blague ! Et ça sonnait drôlement content !
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