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Bloc-notes de Toncrate

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65 – Coup de tabac !

 

A partir de ce moment là, et trente six heures durant, la tempête prit les commandes de mon destin. Une nuit, un jour et encore une nuit. A dire comme ça en huit mots, cela ne semble pas bien terrible. Détrompez-vous mes amis, imaginez-vous tout ce temps, coincé dans le tambour d’un lave-linge extravagant, passant inopinément du régime rinçage à celui d’essorage et vous aurez une petite idée de ce que l’on peut ressentir lorsqu’on se trouve abandonné au gré des flots déchaînés, dans un espace de moins de deux mètres carrés, sur un bateau tout riquiqui entouré d’affectueuses déferlantes.

 

Tout petit, mais insubmersible le bouchon, Dieu merci ! Brimbalé mais pas coulé ! Chaque paquet de mer embarqué dans le ventre d’une vague s’évacue par gravité à la suivante remontée. C’est étudié pour. Rinçage ? … Essorage ! C’est propre ? Que nenni ! Alors recommence le cycle du début, puis une autre fois, et encore, cent fois, mille fois… 

 

La seule option possible en l’occurrence c’est de prendre son mal en patience en priant fort que Dieu existe et que ses Saints ne soient pas tous en RTT afin qu’un vrai miracle fasse cesser le vent et calme la tempête.

On ne le croirait pas comme ça, mais les coups de tabac en méditerranée peuvent se montrer redoutables. Celui-ci l’était. Une révolte de fin d’été comme un avant goût d’équinoxe.

Cependant, je survécus, enfermé dans ma minuscule cabine, en mâchonnant du poisson cru, en buvant l’eau de pluie et en pissant au petit bonheur la chance, à l’extérieur de la carrée, en direction du roof régulièrement lessivé par l’eau de mer.

 

A l’aube du cinquième jour de ma folle aventure, la tourmente perdit en virulence et finit par s’apaiser notablement. Au firmament je sentis la lumière renaissante tenter des percées successives. Enfin le ciel se déchira et rendit d’un seul coup ses plus brillantes étoiles, puis insensiblement il saigna jusqu’à accoucher du soleil. Le soleil roi, le soleil salvateur, le soleil qui venait droit sur moi en s’extirpant de la terre ferme, des montagnes de la côte.

Tout le temps qu’avait duré la tempête j’avais été poussé vers le nord, vers le continent. Je réalisais que le gros temps venait de me sauver la mise en me drossant contre la terre. Il avait été mon moteur, mon énergie vitale. Finalement mon ange gardien ne m’avait pas abandonné !

 

Un point GPS me donna ma position au poil près. Je me trouvais dans les parages du golfe de Policastro, à près de 100 milles de mon point de départ ! C’était une région que je connaissais bien. J’avais déjà  accompagné des groupes de découverte dans des grottes sous-marines le long de cette côte rocheuse. Il me restait à prendre mon courage et ma pagaie à deux mains pour rapprocher le bateau du rivage jusqu’à ce qu’il me soit possible de me mettre à l’eau et de le rallier à la nage. Un truc qui était tout à fait dans mes cordes.
A présent que je savais où aller tout me paraissait simple. Je mis toute mon énergie au service de mon objectif. Vers midi je touchais opportunément la grève... et dans la foulée je décidais unilatéralement de changer de chapitre. 

 

 

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