Bloc-notes de Toncrate
Pensive au-dessus de l’horizon, la lune traçait son chemin de lumière juste devant l’étrave. C’était une chance car j’y voyais presque aussi clair qu’en plein jour.
J’ouvris le panneau de la cabine pour faire l’inventaire de ce qu’il y avait à bord. Dans des alvéoles aménagées sur les deux côtés de la coque, juste en dessous de la ligne de flottaison, je recensais tout un assortiment de filins et de cordages roulés, trois gilets de sauvetage, un porte-voix, une écope en plastique, un seau et une corne de brume à bouche.
Sur bâbord, je trouvais une ancre de secours, un extincteur, deux bidons souples de 10 litres chacun, tous les deux pratiquement vides. Aux effluves qui s’en dégageaient l’un d’entre eux avait dû contenir de l’essence, dans l’autre stagnait un fond d’eau douce d’aspect peu engageant, un reste qui devait dater de longtemps.
C’est dans un cylindre rigide et étanche calé dans le compartiment de proue que je découvris le matériel de secours. Se trouvaient là plusieurs couvertures de survie, une torche électrique et des piles, une ligne de sonde, les fusées de détresse, un kit de pêche, des tablettes protéinées, un compas magnétique, une trousse à pharmacie très sommaire – mais avec des préservatifs ! - un couteau multifonctions, un miroir, plusieurs brochures relatives au moteur, à la navigation, à la survie en mer, une carte marine de la zone et d’autres trucs dont l’utilité ne m’apparut pas évidente de prime abord.
Pour faire bonne mesure, à ce matériel il convenait d’ajouter le contenu de la glacière que nous avions emportée afin de pique-niquer sur le bateau. Elle était rangée dans le coffre aménagé sous la banquette du roof, à côté du réservoir d’essence désormais inutile, et quasiment intacte car nous n’avions rien mangé et guère bu depuis le matin. Comme on avait prévu large, je calculais que j’aurais de quoi tenir deux ou trois jours en rationnant les provisions. Au niveau de la boisson c’était plus préoccupant. En effet, je ne disposais que d’une grande bouteille d’eau d’un litre et demi, un sac à glaçons à demi fondus et quelques canettes de bières.
Le second coffre, à tribord contenait seulement une paire de rames en alu ; les pare-battages de mouillage occupaient le reste de l’espace disponible
Compte tenu du peu de boisson disponible, il m’apparut évident que si je n’étais pas très vite secouru j’allais au devant de graves problèmes. Cependant je ne m’inquiétais pas outre mesure. Ne voyant pas rentrer le hors-bord, le loueur de bateau avait certainement donné l’alerte aux autorités compétentes à la tombée de la nuit. Dès l’aube on viendrait me chercher.
Afin de me rendre davantage visible depuis le ciel, j’installais une couverture de survie au travers du pont et j’en attachais une seconde au-dessus du moteur. J’avais entendu dire qu’entre autre qualité, la matière brillante dont elles sont faites peut tenir lieu de réflecteur radar.
En attendant que le jour se lève, avec des espérances mélangées à du désespoir cru, je mangeais un des sandwiches préparés de la veille et je séchais une bière sans conviction. A tout hasard, je mouillais également la ligne de pêche à l’arrière du bateau au cas où un poisson mordrait. Puis, résigné, je commençais à attendre.