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Bloc-notes de Toncrate

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60 – Seul en mer

 

Une tête qui dépasse, j’aurais donné tout l’or du monde pour apercevoir une tête dépasser de la surface de l’eau. Toutes les amphores englouties, tout le temps qu’il me restait à vivre, ça n’avait plus d’importance.

Je progressais d’environ un quart de mille nautique puis je retournais à mon point de départ en variant mon cap d’un petit degré à chaque rotation. De cette façon je couvrais peu à peu une zone de plus en plus étendue à la manière de l’aiguille d’une montre. A trop forcer mon attention, je vis plusieurs fois de mes yeux une tache certaine vers laquelle je poussais le bateau à plein régime mais rendu à proximité il n’y avait plus rien ; un vilain artefact ou une création de mon imagination ?

 

Je ne sais pas combien de temps j’ai navigué ainsi, raide comme un zombie l’esprit fixé sur ce seul objectif. Le temps ne comptait plus…

 

C’est la lumière du jour qui, en baissant, m’a ramené à la dure réalité. Tout se confondait à la surface des flots, les ombres, les reflets, la recherche à vue devenait impossible. Dans ces conditions je ne pouvais plus authentifier le moindre détail de la surface, continuer revenait à courir après des fantômes. La fille était perdue ; noyée ; disparue ! Je pouvais bien tourner jusqu’à la fin des temps autour de la mer tyrrhénienne, la parcourir en long en large et en travers, jamais je ne la retrouverai. Je devais me faire une raison. Je me mis à pleurer de découragement. La messe était dite.

 

Rentrer à présent, retourner aux règles des hommes, assumer toutes mes responsabilités. C’était ce qui me restait à faire. Mais voilà que sur la route du retour le moteur se met à hoqueter. Il bafouille un moment puis brusquement se tait. Je l’ausculte.

C’est la panne d’essence.

J’ai tellement sollicité la machine en poursuivant les recherches durant des heures et des heures que le réservoir s’est logiquement tari et d’après ce que j’en sais il n’y a pas de réserve de carburant prévue sur ce genre de tank. Le grand gars qui m’a loué le bateau m’en avait avisé.

 

Inconsciemment je m’étais puni de ma faute. Au moins je serais allé jusqu’au bout de mon possible pour tenter de retrouver la jeune femme. Je m’allongeais sur le skaï de la banquette latérale et je fermais les yeux. Ça m’était tellement égal de mourir que je trouvais ça naturel. Insensiblement je me laissais aller au roulis et je m’endormais comme si c’était pour toujours.

 

Lorsque je me suis réveillé, la nuit était franchement éclairée par la lune, le froid, âpre, le vent, humide. Le silence était régulièrement dérangé par le clapotis que faisaient les vaguelettes en se brisant contre le lisse composite de la coque. Un court instant je m’étais demandé où j’étais, dans quel rêve je divaguais. Mais très vite tout me revint clairement en mémoire. Si je voulais m’en sortir il fallait que je me reprenne en main. Il était temps pour moi de réagir.


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