Bloc-notes de Toncrate
Sachant qu’un ange joli veillait sur mon âme depuis la surface je pouvais donc me mettre à l’eau en toute tranquillité.
La descente est rapide, la lumière baisse d’intensité, le silence se fait pesant. Chaque nouvelle évolution dans le royaume de Neptune donne lieu à émerveillement. S’approprier la profondeur, la troisième dimension de l’espace, cela constitue une véritable jouissance pour le corps et l’esprit. La sensation de liberté est décuplée par l’accession à l’envol du poisson pilote. Qui ne l’a jamais pratiqué ne peut pas se l’imaginer.
Vers le bas, voir enfin le fond, la terre mère. Le socle apparaît subitement avec ses imperfections. Ça et là de maigres touffes de posidonies semblent figées dans la lumière de la torche. Je cherche une faille dans le sol, elle me guidera jusqu’aux monticules formés par l’empilement des amphores qui gisent là depuis des siècles.
Par ici…
Un groupe de picarels argentés coupe ma route sans faire cas de ma présence. Encore quelques efforts de palmes et je vois le but de ma quête se dessiner devant mes yeux. A cet endroit le fond est simplement de roche nue parsemée de taches de sable noir ; les vases antiques sont amoncelés en plusieurs points formant des petites buttes proches les unes des autres. Sans doute n’ont-ils pas bougé d’un pouce depuis le jour de leur immersion.
Je sais où aller me servir. Je connais le gisement par cœur à force de le visiter. Les deux amphores que je convoite sont allongées sur le flanc, au nord du plus gros monticule.
La suite des opérations c’est le métier qui parle. Un travail minutieux à mener dans des conditions difficiles. Chaque geste est compté, chaque mouvement dosé, chaque respiration contrôlée. Une fois les objets dégagés, je les emballe soigneusement dans un filet à mailles souples. Assurés par un filin solide ils seront bientôt prêts à renouer avec la lumière du jour. Il ne me reste plus qu’à remonter moi-même avant de ramener mon butin à la surface.
C’est le chemin vers le ciel qui prend le plus de temps. Le retour à la vraie vie. Il faut respecter les paliers de décompression, garder les yeux rivés sur le chronomètre. Sûrement la partie la plus ennuyeuse de l’exercice. La moins agréable. Après une demie heure de travail sous la mer, je me languis de la caresse du soleil, de retrouver la fille et les caresses, j’imagine ce que l’on va faire ensemble, tous seuls au milieu de l’immensité, sous l’invitation du soleil et de sa douce caresse…
Peu à peu je rejoins vers la clarté. Mon dernier arrêt forcé entre deux eaux se prolonge longtemps. Mon cœur bat amplement. Je suis bien.
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