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Bloc-notes de Toncrate

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57 – Keep your secret secret

 

L’important quand on a un trésor à soi, c’est de toujours le garder secret. La position du gisement où je me rendais ce jour là, je la tenais des confidences d’un homme à qui j’avais sauvé la vie au cours d’une plongée exploratoire organisée cinq ans plus tôt à la recherche d’une épave quelque part dans la baie de Naples.

Nous étions quatre professionnels confirmés, engagés par les affaires culturelles pour ce travail tout à fait officiel. Toutefois un enchaînement d’évènements imprévisibles avait mis à mal notre expédition. Cette plongée aurait pu s’avérer fatale pour l’un d’entre nous. L’homme que j’avais remonté du fond s’en était sorti de justesse mais il garderait imprimées dans son corps les séquelles de l’accident pour le restant de ses jours. Jamais plus il ne pourrait plonger. Pour me remercier de l’avoir soustrait à une mort aussi certaine qu’atroce, il m’avait confié un secret : quelques séries de chiffres correspondant à un point GPS, des numéros donnés gagnants à coup sûr, plus précieux qu’un code de carte bancaire.

 

La meilleure façon de garder un secret secret, c’est de ne pas le partager. C’est pourquoi lorsque je vais aux amphores, je plonge seul, au mépris de toutes les règles de sécurité. Mais comme je ne peux sensément pas  laisser mon bateau orphelin, j’ai mis au point une technique particulière en me faisant accompagner par une bella donna de circonstance. Une fois arrivés sur les lieux du délit, je confie ma casquette de capitaine à la fille et je lui explique comment maintenir le navire amiral pendant le temps de ma plongée. De cette façon je n’ai pas à endurer l’angoisse du défaut d’ancrage ou du coup de vent subit et inopiné qui pourrait faire dériver le bateau et me laisser pour le compte, comme un vil petit point gris dans le grand bleu de l’immensité océane.

 

C’est ainsi que j’avais procédé. Après que le moteur ait vrombi de toute sa puissance jusqu’à nous amener au point précis où je savais aller, le calme se reposa autour de notre embarcation comme se replient les ailes du goéland trop longtemps à lutter contre les vents contraires.

Je m’équipais donc pour la plongée et j’expliquais sa mission à ma capitaine de cœur, mon petit mousse en bikini… en trois mots : qu’elle se fasse bronzer toute nue sur le bain de soleil de proue en attendant mon retour, sauf de constater que le bateau s’éloigne trop sensiblement de la bouée rouge qui servait à marquer l’aplomb de ma position au-dessous de la place, auquel cas compenser la distance nécessaire afin de ne pas me perdre de vue. Un jeu d’enfant.


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