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Bloc-notes de Toncrate

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55 – La vita è bella

 

 Je m’appelle Ginno et je suis de l’Italie. Tous les étés je travaille comme moniteur de plongée sous-marine dans un club de Lipari, la plus grande des îles Eoliennes. Contre quelques dizaines d’euros, j’accompagne les vacanciers désireux de découvrir la beauté des fonds de la mer tyrrhénienne tout autour de l’archipel volcanique. Cette occupation ne durant que quelques mois de l’année, j’ai un second métier. En hiver je donne des leçons de ski à la montagne, ce qui fait dire à mes amis que je suis tout le temps en vacances. Mais c’est seulement une idée qu’ils se font. Car c’est bien pendant la période de l’année où je n’évolue ni sous l’eau, ni sur les planches que je me sens réellement en liberté.

 

Je n’ai pas vraiment de chez-moi. Je vis parfois à Florence où je dispose d’une chambre dans le grand appartement de mes parents, parfois à la campagne, près de Sienne, dans leur résidence secondaire. Après la fonte des glaces je consacre quelques semaines à un ami très cher et bien fidèle qui habite dans les Pouilles. Depuis plusieurs années, à la fin de l’été je ne manque pas le rendez-vous de ma cousine française qui m’invite à venir partager le quotidien de sa famille dans sa jolie maison cévenole. Et c’est ainsi que va ma vie.

 

Un jour ici, un jour là, sans véritable point d’ancrage, tantôt près de la famille, tantôt côtoyant les estivants friqués de Lipari ou les snobinards de Madonna-di-Campiglio, cette façon de vivre ne m’a pas engagé à construire un foyer ; c’est pour cela qu’à trente-quatre ans passés, je suis encore célibataire.

Célibataire attendri comme le dit ma cousine quand elle me voit débarquer chez elle au bras d’une nouvelle sirène pêchée au plus profond du royaume de Neptune, ou accompagné d’une blonde incendiaire surgie des pentes verglacées et abruptes qui constituent, dit-on, les contreforts de l’Olympe.

Mais il faut convenir que pour draguer les minettes, sous l’eau ou près des cimes, il n’y a pas de meilleur endroit. Ne me demandez pas pourquoi, je serais incapable de vous l’expliquer. C’est un fait.

 

On peut dire que, jusqu’au jour de la catastrophe planétaire, j’étais un garçon plutôt insouciant, superficiel et égoïste. Je l’assume. Mais depuis que les évènements que vous savez ont eu lieu, j’ai beaucoup changé. Si je ne suis pas devenu fou dans les jours qui ont suivi la brutale extinction de l’espèce humaine, je le dois à des ressources que j’ai puisées au plus profond de mon être et dont j’ignorais jusque là l’existence. Les circonstances commandent à l’instinct ; je ne sais ni pourquoi ni comment j’ai survécu, mais me voilà.

La vita è bella !



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