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Bloc-notes de Toncrate

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51 – Dans lequel je gagne une petite sœur

 

Si j’avais perdu la compagnie de Trinquette, j’allais gagner celle de Tawen.

En effet, puisqu’elle était complètement remise de son opération, il n’y avait plus de raison de la garder à la ferme. Maman proposa donc de la loger avec moi, dans ma chambre, sans toutefois me l’imposer.

 

« Si tu préfères rester indépendante je le comprendrais, m’expliqua-t-elle. L’idée c’est de faire venir la petite au Bélougue afin qu’elle ne se sente pas mise à l’écart. Nous pouvons également envisager de transformer la remise où papa range les outils en petite chambre pour Tawen. C’est comme tu le souhaites.

   Je veux bien partager ma chambre, répondis-je. Elle est assez grande pour deux, mais est-ce que Tawen sera d’accord ?

   Bien sûr que oui ! s’exclama maman. Tu sais, elle t’adore cette petite. Elle n’a que ton nom à la bouche !

   Alors c’est oui ! Je me mis à taper dans mes mains. Oui ! Oui ! Allons la chercher et annonçons-lui la nouvelle ! Et puis il faut organiser une nouvelle disposition dans la pièce. Et acheter un lit… ou plutôt le commander à Aurélien. On pourrait changer le mien par la même occasion ? … et des nouvelles peluches, maman, il lui faudra des peluches à Tawen pour décorer son édredon ! … Une armoire aussi pour y ranger ses robes ! Oh ! … je vais avoir une petite sœur ! Que je suis contente ! »

 

Je ne tarissais pas tellement j’étais heureuse. Depuis que j’avais quatre ou cinq ans je rêvais d’avoir des frères et des sœurs. A présent je me trouvais comblée. Fabrice comptait pour l’un Tawen jouerait pour l’autre et tous les trois nous formerions une véritable famille.

 

Dés le lendemain, l’emménagement de Tawen à la magnanerie fournira le prétexte à la première fête digne de ce nom organisée après la grande catastrophe. Il est vrai que depuis ce jour maudit de la fin août qui avait décimé l’espèce humaine, les adultes n’avaient  pas eu le cœur à rire. Cela faisait cinq dimanches, ou six ? … Un mois écoulé et toujours aucun signe de vie extérieure, aucune explication rationnelle à  notre cas exceptionnel.

 

Et ce n’était pas faute d’avoir envisagé des hypothèses. Afin d’entreprendre des recherches approfondies sur les hommes-cartons  maman avait réquisitionné le cabinet du médecin au village. Là elle avait étudié à fond tous les aspects cliniques de la maladie : détermination des symptômes, analyse des tissus, radiographie des organes et réalisation de tout un tas d’expérimentations biologiques dont je ne saurais t’expliquer les tenants et les aboutissants tellement c’est ardu. L’étude des hommes-cartons était singulièrement compliquée à cause de la particularité que présentait leur anatomie éthérée quoique normalement constituée. Même la question essentielle de savoir avec certitude s’ils étaient morts ou vivant n’était pas véritablement tranchée car si leurs fonctions vitales semblaient interrompues, leurs corps se maintenaient inexplicablement en bon état, comme si le temps n’avait pas de prise sur eux.

En parallèle maman avait fait subir à l’ensemble de notre groupe survivant toutes sortes de tests et d’examens afin de rechercher quels pouvaient être les points spécifiques qui nous différenciaient des victimes, et essayer ainsi de déterminer pour quelles raisons nous n’avions pas été atteints. D’après les adultes, cette question était primordiale à résoudre. De la réponse dépendait la réalité de notre statut : soit nous avions échappé au fléau par hasard, et alors quelque part d’autres groupes avaient sûrement survécu, soit nous étions les seuls humains épargnés par la volonté d’une force supérieure et inconnue, peut être pour accomplir un dessein qui nous dépassait.

Cette dernière idée fichait la trouille aux grandes personnes, c’est pourquoi ma mère continuait inlassablement ses recherches. Mais malgré tout son savoir en médecine, ses investigations n’aboutissaient à rien de concret. Le mystère auquel nous étions confrontés restait et demeurait impénétrable à la raison.

 

 

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