Bloc-notes de Toncrate
La classe unique du matin avait cela de bon qu’elle nous laissait libre tous les après-midi. Dés le déjeuner englouti nous disposions ainsi de plusieurs heures à notre guise.
Nous prîmes tout le temps nécessaire pour faire découvrir à Tawen notre univers enfantin. Du plan complexe des sentiers serpentants dans les bois touffus et des raccourcis qui permettent de rallier le mas à la ferme plus sûrement qu’en voiture ; de l’emplacement de nos aires de jeu favorites, de nos points d’observation secrets, et après lui avoir fait jurer allégeance nous l’avions accueillie dans notre cabane de planches perchée dans le vieux châtaignier.
Cette cabane d’importance stratégique était devenue notre quartier général depuis le début des évènements mais aussi un nid douillet qui s’était miraculeusement enrichi d’un confortable mobilier à la suite de commandes que nous avions faites à Aurélien et qu’il nous avait rapportées de ses virées en ville : des coussins moelleux en veux-tu en voilà, un grand coffre rempli de déguisements et d’accessoires qui nous permettaient de nous transformer en personnages de légende, une toile imperméable pour renforcer l’étanchéité du toit. Et au sol plusieurs tapis dépareillés mais épais comme des Big-Mac qui complétaient notre ameublement en nous isolant parfaitement du plancher disjoint et sur lesquels nous pouvions nous vautrer en toute impunité.
Les jours passaient, et plus ça allait, plus les ressentiments s’émoussaient… Fabrice se souciait moins souvent de ses parents et de sa sœur Sandrine, la petite Tawen ne réclamais plus sa mère avec la même véhémence que lors les premiers jours. Même Blek, le chien de la ferme s’était fait une raison de l’absence prolongée de ses maîtres. Désormais il restait avec nous, semblant préférer la compagnie des enfants à celle des adultes. Quand nous jouions dans la cabane quillée entre les branches maîtresses et résistantes, le chien nous attendait sagement couché au pied du tronc, tout disposé à nous avertir de l’approche éventuelle d’un visiteur ou, qui sait, d’un intrus.
Quand nous allions en promenade il nous accompagnait vaillamment, trottant de l’un à l’autre sans jamais se lasser et lorsque nous nous poussions allégrement sur la balançoire il nous courait après en couinant des petits jappements aigus qui exprimaient tout le bonheur qu’il ressentait à partager ainsi le temps de la vie avec des amis.
S’il pleuvait, nous nous abritions au Bélougue, de préférence dans ma chambre parce qu’elle était vaste et qu’elle regorgeait de jouets et de jeux en tous genres depuis que nous étions descendus un dimanche au village, afin de faire razzia – avec la bénédiction de papa – dans la boutique de monsieur Lambolley, tu sais, le bazar qui fait l’angle de la rue des Dombes, juste en face de la boulangerie ; ce magasin au fond duquel se trouvait une réserve pleine à craquer de jouets et de jeux dont tous les enfants rêvent, une réserve qui serait bientôt aussi vide qu’une boule de sapin de noël à force de nous voir méthodiquement la piller.
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