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Bloc-notes de Toncrate

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47 – L’homme-carton

 

Je te l’accorde sans ambages, de nous deux Fabrice est certainement le moins pleutre, mais à coup sûr, c’est tout de même moi qui suis la plus curieuse. Cependant devant la réalité de l’homme étendu de tout son long sur le sol, je t’assure que tous les deux on n’en menait pas large. Par crainte de provoquer inopinément le réveil de la créature Brice s’adressa à moi en chuchotant.

 

« Tu crois qu’il est mort ?

   Je sais pas, répondis-je dans un souffle. Maman dit qu’ils ne sont pas vraiment morts, mais en tout cas il ne bouge pas.

   Il serait là depuis l’autre dimanche ?

   Sans doute.

   Dans ce cas il doit être tout bouffé par les bêtes.

En disant ça le garçon mima une grimace peu engageante.

   On ferait mieux de partir d’ici, non ? suggérai-je en reculant de deux pas. En fait je n’avais qu’une envie : prendre mes jambes à mon cou !

   Attends voir… »

 

Fabrice ramassa une vieille branche de châtaignier qui traînait à terre. Piquant une extrémité contre le havresac du bonhomme il impulsa une légère poussée. A son grand étonnement l’objet chancela et retomba de l’autre côté du corps, entraînant de par son inertie le retournement de l’individu. Comme il était dépourvu de masse, il répondait sans aucune contrainte aux forces exercées contre lui. Sans le lest représenté par les grosses chaussures de marche et le sac à dos, un simple coup de vent aurait pu le faire valdinguer à plusieurs dizaines de mètres. Cette bizarrerie était extrêmement étrange à expérimenter. Et particulièrement effrayante à observer.

 

Nous eûmes juste le temps de nous rendre compte que le visage de l’homme était parfaitement dessiné et non pas dévoré par les vers où des bêtes sauvages comme nous l’avions tout d’abord redouté. En un sens, c’était encore plus surprenant de découvrir une figure saine sur un corps qui avait passé tant de jours et de nuits abandonné aux caprices des intempéries en plein milieu de la forêt. C’était tout simplement illogique.

Mais le pire, le détail du tableau qui nous parut le plus terrifiant, c’est que l’homme-carton tenait ses yeux grands ouverts, que son regard était franc et naturel, comme vivant ; et de la façon dont sa tête s’était mise à dodeliner sur le sol, son visage semblait regarder dans notre direction, un peu comme s’il cherchait à nous reconnaître.

 

Lâchant bâton et paniers, abandonnant cèpes et coulemelles, ma main se maintenant fortement serrée dans celle de Fabrice, nous avons fui de concert cet endroit maléfique sans demander notre reste. Notre objectif commun étant de courir le plus vite possible en direction de la ferme afin de prévenir un adulte de ce que nous venions de découvrir.



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A
cauchemardesque et terrorifiant ! j'aurais fui depuis longtemps !
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