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Bloc-notes de Toncrate

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45 – La suite des conséquences

 

Le cas des téléphones cellulaires s’avérait plus complexe. Les appareils avaient fonctionné plus ou moins régulièrement pendant la première semaine. Ce qui leur faisait défaut en fait, c’était les correspondants ; sans personne pour répondre à l’autre bout de la ligne, les combinés ne servaient qu’à décevoir des espoirs toujours recommencés.

Parce qu’elle disposait d’un peu plus de temps que les autres, Carole s’entêta pendant une dizaine de jours à rappeler matin et soir tous les membres de sa nombreuse famille, des Antilles et de Paris, jusqu’à ce que les réseaux s’amuïssent définitivement.

 

Depuis le dimanche fatidique, il n’y avait pas eu une seule émission de télévision, aucune réception radiophonique, pas de contacts téléphoniques ni d’informations sur le Web. Tout tendait à démontrer que nous étions seuls au monde. Cependant l’analyse raisonnée de la situation suggérait qu’en dehors de notre groupe d’autres individus avaient dû être épargnées par la catastrophe. Maman insistait sur l’impossible probabilité qui permettrait que se sortent d’affaire les membres d’une même famille, en l’occurrence la notre, alors que nous étions éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres au moment où l’événement s’était produit.

Cette hypothèse n’était pas rationnelle, et ce qui n’était pas rationnel ne rentrait pas dans le schéma intellectuel de mes parents. Il devait y avoir une explication, on devait la découvrir.

 

Mais au-delà des réflexions à envisager à propos de ces questions essentielles, il fallait mener de front plusieurs batailles. Au fur et à mesure que les jours s’empilaient, l’absence d’électricité provoquait d’autres graves problèmes.

Au village, dans les bourgs et à la ville, plus rien ne fonctionnait normalement. Partout les produits périssables pourrissaient lentement. Les étals des bouchers n’allaient pas tarder à grouiller de vermine, dans les frigos ça commençait à puer fort, les rayons des surgelés dégoulinaient de jus suspects, l’odeur du corrompu infecterait bientôt tout le milieu urbain.

Pour conserver au moins notre village fréquentable, papa et Aurélien entreprirent un gros travail d’assainissement. La décision de préserver le village s’était imposée d’elle-même. Nous l’avions prise tous ensemble, lors de la première vraie réunion organisée pour débattre de notre situation, réunion au cours de laquelle Brice et moi avions obtenus un droit d’expression au même titre que les adultes. Du moins dans la première partie où étaient abordées les questions concrètes, après quoi nous avions été priés de retourner à des activités plus conformes à nos âges

 

Cependant il se produisait d’autres drames. Un peu partout dans les fermes d’alentours les bêtes abandonnées étaient en train de crever. Là encore, avec l’aide de ma mère, les deux hommes du clan firent de leur mieux pour intervenir en abrégeant les souffrances des unes et en libérant celles à qui il restait une chance de survivre dans la nature.

 

De ces pérégrinations, la ferme hérita d’un quarteron de chèvres qui fourniraient du lait pour Tawenza, et peut être pourrait-on fabriquer du fromage ? On les parqua d’abord avec les ânes avant de leur dédier un enclos spécifique. Enfin, pour la bonne cause, notre mare aux canards s’enrichit d’une bonne vingtaine de poulettes aux cols dépenaillés et d’un coq de concours sensé nous assurer de la volaille à boulotter pour longtemps à venir.



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