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Bloc-notes de Toncrate

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42 – Carole et Tawenza

 

En dehors du travail qui m’était dévolu, j’appris bien vite à connaître Carole lors des visites que je faisais à notre malade, mais aussi au cours des repas de midi que nous prenions ensemble. Malgré les événements inquiétants qui nous préoccupaient, l’infirmière gardait un moral à toute épreuve, du moins en apparence. Elle faisait montre d’une gentillesse naturelle envers les enfants et nous gâtait en préparant spécialement pour nous des plats pleins de douces saveurs venues de son pays en prenant soin de ne pas trop les épicer. Elle avait cette peau foncée des habitants des îles, la gaieté qui va souvent avec et pour couronner le tout, une voix qui chantait même quand elle ne faisait que parler. Sa façon d’être coïncidait trop bien avec sa qualité d’infirmière, ses gestes venant  toujours très à propos, alliant simplicité et efficacité. Lorsqu’elle me soigna d’une estafilade douloureuse que je m’étais faite au jardin à cause d’un grumble sécateur, elle développa tant de délicatesse dans son intervention qu’un simple pansement antiseptique me délivra magiquement du mal.

 

D’abord à la demande de maman qui jugeait qu’un contact régulier était indispensable au bon rétablissement de la convalescente, ensuite de ma propre initiative parce que ça me plaisait bien, je consacrais deux visites par jour au chevet de Tawenza. Elle allait de mieux en mieux mais son état nécessitait encore du repos et pour des raisons proprement médicales la marche lui restait interdite pour au moins quinze jours à venir.

 

Tawen ne parlait pas du tout le français et je ne connaissais pas l’arabe, alors nous communiquions en utilisant des signes conventionnels mais aussi en échangeant avec les yeux. Le plus souvent, ses iris d’un noir profond débordaient de confiance et de curiosité. En perdant mon propre regard dans ses univers infinis je sentais naître une vraie relation entre elle et moi, bien plus qu’une simple complicité. Cependant, quand je voyais ses pupilles s’emplir d’une méchante angoisse, je comprenais que la fillette allait recommencer à demander sa mère, ce qui se produisait fréquemment. Ne sachant trop comment la consoler je rappelais alors Carole à la rescousse.

 

Si la situation actuelle était dure à encaisser pour des bien portants comme nous, pour une petite fille de quatre ans et demi, soumise à un traumatisme post opératoire et  privée de sa mère, ce devait être particulièrement difficile à supporter. Heureusement que Carole savait y faire avec les enfants. Tout en douceur, en murmures et en chansons dont je ne comprenais pas le sens des paroles, en l’espace de quelques minutes elle parvenait à apaiser les peurs irraisonnées de Tawenza. Sa seule présence au chevet de la petite malade faisait autant d’effet qu’un puissant sédatif.

 

Je me languissais que la filette soit guérie pour mieux la connaître, pour l’intégrer à notre petite phratrie, lui montrer le domaine où nous vivions, l’accompagner dans les sentiers de la châtaigneraie, mais aussi l’initier à la langue française afin de pouvoir échanger plus avant avec elle.

Papa avait promis de la prendre en main dès qu’elle serait rétablie afin de lui dispenser un apprentissage accéléré de la langue. D’après lui, en seulement quelques semaines elle pourrait se débrouiller pour nous entendre et se faire comprendre, car elle était éveillée d’esprit et qu’à son âge on acquiert  très rapidement les bases du langage.



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