Bloc-notes de Toncrate
Un peu avant midi, tandis que je donnais à boire aux salades du jardin, mon oreille aiguisée décela le bruit d’un moteur qui s’approchait de la colline. Je laissais tout tomber, hélant Fabrice à l’autre bout du potager pour qu’il s’occupe de couper l’eau car il était plus près du robinet : « Une auto arrive ! Tu entends ? Allons voir qui c’est ! »
En fait il y avait deux véhicules. Dans le sillage du 4x4 de maman, une grosse ambulance roulait à allure réduite dans le mauvais chemin qui relie la route à la ferme. Deux ou trois minutes qui semblèrent une éternité furent nécessaires avant que le convoi s’immobilise dans la cour. Maman sortit la première en sautant au bas du marchepied puis tour à tour dans mes bras, ceux de papa, et enfin ceux de Fabrice et tout ceci sans cesser de parler, de se confondre en mots gentils, de multiplier des commentaires rassurants et des soupirs de soulagement.
Après les effusions elle nous présenta Carole qui était descendue de l’ambulance par le hayon arrière ainsi qu’Aurélien qui la conduisait. Elle nomma également la fillette qui se trouvait étendue dans le brancard à bord du véhicule.
« Voici Tawenza, c’est la petite que nous avons opérée hier. Il va falloir lui aménager une chambre pour sa convalescence. Compte tenu de la situation nous avons décidé de venir tous ensemble nous installer ici. Nous avons pensé que si rien de nouveau ne se passe, dans quelques jours la vie deviendra impossible en ville. Puisque plus personne ne s’occupe de rien et que tout est laissé à l’abandon, les choses vont vite pourrir et les rats vont sortir de terre. »
S’ensuivit tout un tas de questions évoquées par papa, des répliques, des étonnements à propos de ce qui avait bien pu se passer. Mais au final, malgré tout un tas de détails relatés par les nouveaux venus rien ne semblait résolu. Une seule chose était sûre : on n’y comprenait rien.
Cependant, il était urgent de décider de ce que nous allions faire. Avec maman et son esprit d’organisation les points d’intendance furent vite réglés. Carole et Aurélien allaient s’installer provisoirement à la ferme avec Tawen. Fabrice donnerait sa chambre à la jeune malade, en échange il viendrait habiter au Bélougue où il prendrait la chambre d’ami, celle qui est à côté de la mienne… Ça c’était une super chouette idée.
Papa et Aurélien auraient pour mission de visiter les villages et les bourgs alentour à la recherche de survivants. En effet, selon toute logique il était vraisemblable que nous n’étions pas les seuls à nous en être sortis, même si nous ne savions pas concrètement pour quelles raisons le fléau nous avait épargnés.
En sa qualité d’infirmière Carole s’occuperait de Tawen à plein temps jusqu’à son rétablissement.
Fabrice et moi continuerions d’assurer les menus travaux de la ferme : la basse-cour, le potager et les ânes. Pour les choses pénibles nous nous ferions aider au cas par cas par les adultes. Quant à maman elle avait naturellement pris le commandement de la troupe sans que personne n’y trouve à redire. Dans l’intérêt général, elle avait la ferme intention de comprendre comment s’était produite la pandémie qui frappait nos semblables. C’était là son objectif principal. Elle n’allait pas le lâcher.