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Bloc-notes de Toncrate

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39 – Nous avons une ferme à faire marcher !

 

Le temps n’était pas à l’introspection. Il y avait du travail en perspective, et pas qu’un peu : nous avions une ferme à faire marcher ! Les bêtes à nourrir, le potager à entretenir, la petite vaisselle à mettre en ordre, un peu de ménage par-là, un coup de balai par ici, le divan à replier… de quoi nous occuper tous les trois pendant une bonne partie de la matinée.

 

« Avant toute chose, dit papa, nous allons descendre à la magnanerie récupérer les produits surgelés que nous gardons en réserve. Si nous ne les transférons pas rapidement dans l’un des congélateurs de la ferme ils seront bons à jeter. »

 

C’était bien pensé ; sans électricité, au Bélougue les appareils ne fonctionnaient plus. Nous descendîmes donc jusque chez nous avec la Ford. Pendant que papa et Fabrice s’occupaient de transporter les produits périssables dans le coffre, je m’éclipsais pour faire un brin de toilette et changer de tenue. Comme la journée promettait d’être encore bien ensoleillée je choisis de me mettre en robe. Après quelques hésitations j’optais pour la rouge, tu sais, celle que je portais l’autre jour, avec des boucles de métal blanc sur les bretelles.

 

Pour refaire mes couettes du matin, je sollicitais l’aide de papa, comme je le fais d’habitude, parce que toute seule je n’y arrive jamais. Trop occupé par le transfert de la nourriture qui ne souffrait pas de délai il demanda à Brice de me prêter la main.

Mon Dieu ! Ce garçon était maladroit comme tout. C’était trop rigolo. Je dus lui expliquer trois fois comment il fallait s’y prendre pour fixer les chouchous en essayant de respecter un minimum de symétrie dans la coiffure. A la fin il y est quand même arrivé. Il souriait béatement, tout fier de ses nouvelles compétences capillaires. A ce moment là - je ne sais pas ce qui m’a pris - tandis qu’il admirait le résultat de son travail en me toisant comme l’aurait fait un visagiste de formation, je piquai vivement un baiser sur sa joue en signe de remerciement. Je crois bien que l’espace d’une seconde je l’ai vue quelque peu s’empourprer.

 

Après ça nous avons dû remonter à pied jusqu’à la ferme parce que papa ne nous avait pas attendu. Malgré l’aspect dramatique de la situation que nous étions en train de vivre je me sentais toute légère, heureuse et pleine d’entrain. Etait-ce d’avoir embrassé Fabrice ? De l’avoir senti rougir ? D’être restée toute la nuit étendue près de lui ? Peut-être que je devenais grande et que je n’étais plus tout à fait à l’abri de tomber amoureuse ? Nan mais ! Quand même ! … Quelle drôle d’idée !

Toutes ces questions eurent le don de me faire rire aux éclats en même temps que je courais pour ne pas perdre de vue le garçon décidé à me semer dans le sentier, un peu avant d’arriver à la ferme, juste à l’endroit où il est le plus pentu. 


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