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Bloc-notes de Toncrate

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34 – L’espoir vient du Bélougue

 

Je n’étais pas la seule à téléphoner en vain. De son côté Carole rencontrait les mêmes absences inquiétantes. Fébrilement, elle appelait chaque numéro de son propre répertoire, en particulier sa nombreuse famille disséminée un peu partout, depuis les lointaines Antilles jusqu’à la capitale. Au final elle n’eut pas plus de succès que moi. Sur le plan des télécommunications, c’était le black-out total. A croire que le monde entier était soudain devenu sourd.

 

Après avoir fait le nécessaire pour que notre jeune patiente se réveille dans les meilleures conditions, Gilbert et Aurélien nous rejoignirent dans la salle commune. A leur tour ils se trouvèrent confrontés à l’angoissant silence du téléphone. Les réseaux semblaient fonctionner mais les correspondants ne donnaient pas signe de vie. Tout ceci était extrêmement alarmant.

D’un commun accord, nous décidâmes que les hommes iraient en ville pour se rendre compte de la situation pendant que Carole et moi attendrions ici. Aurélien vivait avec sa petite famille dans un quartier résidentiel à quelques stations de tram de l’hôpital et il avait hâte de savoir ce qui était arrivé à ses proches. Pour sa part, Gilbert voulait pousser jusqu’à la Préfecture, l’endroit où d’après lui ils trouveraient des informations, si toutefois il y en avait à glaner.

 

Ainsi fut fait. Les deux hommes partirent à pied en suivant les rails du tramway. Nous étions convenus qu’ils nous retrouveraient à l’hôpital quelques heures plus tard. De toute façon on ne pouvait pas laisser la fillette seule, elle nécessitait un traitement postopératoire pendant au moins une douzaine d’heure avant de retrouver un semblant d’autonomie et d’être en mesure de supporter un transfert en ambulance.

 

L’après-midi se déroula étrangement, ponctué par les soins que nous dispensions à Tawenza et le silence pesant qui rappelait à chaque instant que la vie n’était plus à la mode alentour. Chaque heure qui passait accentuait le mystère de cette étrange maladie. J’essayais d’appréhender le problème à l’aide de tous les moyens à ma disposition dans l’hôpital, malgré cela l’énigme restait impénétrable.

Mais je crois bien que pendant ces longues heures, le plus préoccupant pour nous consista en cette répétition d’appels toujours infructueux que nous lancions en direction de nos proches et que nous renouvelions désespérément sur nos téléphones portables.

Vers seize heures Carole eut l’idée de nous organiser un plateau-repas récupéré au self-service qu’elle fit réchauffer au micro-ondes. Elle avait raison. Bien que l’appétit nous fasse également défaut il était important de ne pas se laisser aller au découragement.

 

Un peu plus tard, Aurélien revint. Il était seul. Abattu. Il rapporta qu’il n’y avait aucun survivant, ni en ville, ni chez lui. Il avait trouvé sa femme et son fils à la maison, tous les deux également atteints par le fléau.

Il expliqua que Gilbert avait choisi de pousser jusqu’à Sète, là où il habitait, pour s’occuper des siens. Et si, comme il semblait le penser, personne n’avait survécu au désastre, il avait précisé qu’il serait inutile d’attendre son retour.

 

Pendant qu’Aurélien nous faisait tristement son rapport des évènements, les lumières de l’hôpital se mirent à vaciller. Puis les néons se sont brusquement éteints avant de se rallumer progressivement, grâce à la mise en route automatique du système de secours. Décidément, nous n’en avions pas fini avec les mauvaises surprises. Cette panne d’électricité n’augurait rien de bon.

 

Pour la énième fois je composais le numéro de Titou sur mon portable. Mais cette fois, contre toute attente, j’entendis quelqu’un qui décrochait.

 


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