Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Bloc-notes de Toncrate

Publicité

33 – Les survivants

 

En imaginant, au détour du couloir, l’irruption d’un monstre extra-terrestre qui allait nous transformer en statue à l’aide d’une arme sophistiquée, je donnais libre cours aux fantasmes  provoqués par tout ce qu’on venait de découvrir avec Gilbert. Minute après minute, la situation était devenue tellement décalée dans les faits que l’irrationnel avait gagné nos esprits.

Mais au lieu de créatures fantastiques animées de sombres desseins, les responsables de notre anxiété se matérialisèrent sous la forme de Carole et d’Aurélien, tous deux aussi affolés que nous-mêmes. Ils cherchaient à se rassurer en parcourant le bâtiment en quête d’un être vivant.

 

« Nom d’un chien ! lança Gilbert qui venait d’avoir la peur de sa vie, vous nous avez fichu une sacré trouille vous deux !

   Vous avez vu ce qui se passe ? demanda Aurélien, c’est terrible !

   Horrible ! confirmais-je, en me rassérénant toutefois, constatant que nos amis étaient les auteurs des bruits de course qui nous avaient tant effrayés.

   Excepté notre équipe, il semble qu’il ne reste pas un seul être vivant dans le secteur… et dehors c’est pareil, ajouta Carole, avec son petit accent créole qui détonnait compte tenu de la gravité de la situation

   Comment ça dehors ? demanda l’anesthésiste, interloqué.

   Dehors, répéta l’infirmière,  nous sommes allés jusqu’au snack avec Aurélien, c’est bien simple, il n’y a pas un seul homme vivant dans la rue. Sur l’avenue on a vu seulement quelques voitures à l’arrêt qui ont dû stopper d’elles-mêmes, faute de conducteurs réactifs. Dans le restaurant… des gens comme en polystyrène éparpillés par terre au milieu de leurs plats renversés, d’autres installés devant des plateaux-repas comme si de rien n’était et avec tout ça, pas un mouvement, pas un bruit, pas le moindre souffle de vie. Je ne sais pas ce qui c’est passé ici, mais je suis persuadée qu’on n’est que quatre survivants.

   Pas quatre ! Cinq, affirmai-je. Il y a la petite Tawenza.

   Bon sang tu as raison ! Il faut que j’aille m’en occuper immédiatement, s’exclama Gilbert. Avec toute cette histoire je l’ai complètement oubliée la pauvre ; elle est en salle de réveil. »

 

L’anesthésiste embaucha Aurélien pour l’accompagner au chevet de la fillette. Pendant ce temps Carole et moi regagnions la pièce commune réservée au personnel. J’avais hâte de me changer, et surtout de retrouver mon portable pour appeler Titou. Il fallait absolument que je lui raconte ce qui était en train de se passer ici.

 

L’angoisse m’envahit à nouveau et prit un tour oppressant quand l’appareil eut fini de sonner dans le vide. Monôme ne répondait pas. Et si… et si…, si le désastre qui s’étalait autour de nous s’avérait plus grave que nous l’imaginions ? Si la région touchée par la catastrophe ne se limitait pas aux alentours de l’hôpital ?

 

La peur nouée au ventre j’appelais ma mère à Nîmes, puis mes grands-parents à Nice, mon amie Ada sur son portable mais aussi sur le fixe à Congénies, mon cousin Ginno en Italie, des amis de Titou, et d’autres gens encore… désespérément. Il n’y avait pas un seul correspondant pour décrocher. Je recommençais plusieurs fois, m’appliquant à laisser des messages suppliants pour qu’on me rappelle d’urgence.

Mais le temps passait et personne ne rappelait.



lire la suite


Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
ah c'est malin ! comment je vais dormir moi maintenant ?
Répondre
T
je me demnade si la petite Tawenza n'y est pas pour quelque chose......
Répondre