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Bloc-notes de Toncrate

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30 – Dans lequel l’intrigue prend une certaine épaisseur

 

Nous quittâmes le trou de « La Baronne » un peu après quatre heures non sans avoir contrôlé par deux fois que nous ne laissions aucune trace inopportune de notre passage dans la nature. Sur la route, mis à part un brusque coup de volant que j’avais dû improviser à la sortie d’un virage afin d’éviter une automobile garée en dépit du bon sens, nous n’avions pas rencontré plus de monde qu’à l’aller. Décidément les gens étaient restés chez eux en ce dimanche ! … Avec le soleil qui avait brillé comme au milieu de l’été, c’était quand même un peu bizarre.

 

Jusqu’ici tout avait été tellement harmonieux dans notre journée que ça ne pouvait pas durer… En arrivant au mas je constatai avec dépit qu’il n’y avait plus d’électricité. Je ne m’en inquiétais pas outre mesure car des coupures de réseau se produisent de temps à autre chez nous. Le père de Fabrice qui est bien placé pour le savoir puisqu’il travaille à l’EDF, m’avait expliqué que la colline se trouvant à l’extrémité d’une ligne, nous étions exposés à des interruptions inopinées dues à des variations brutales de tension électrique. En professionnel averti il avait d’ailleurs doublé l’installation de la ferme à l’aide d’un système de secours composé de deux générateurs à essence qui prenaient automatiquement le relais en cas de défaillance du réseau. Par exemple rien de tel n’était prévu pour le mas. Au Bélougue pour renouer avec la fée électricité, il fallait s’armer de patience.

 

Privés de télé, de console et d’ordinateur, les enfants tiraient un peu la tronche. Je les fis goûter puis les priai de jouer à des jeux qui ne nécessitaient pas de prise de courant. Cependant je m’entêtais à appeler la permanence d’EDF sur mon portable mais un dimanche, en fin d’après-midi, vous pensez bien que mes chances d’obtenir un correspondant disposé à m’envoyer un dépanneur avoisinaient le zéro absolu. Au moment même où je raccrochais une dernière fois, le zinzin se mit à zonzonner. C’était Justine.

 

« Allô ! C’est toi Titou ?

   Oui ! Bonsoir amour !

   Dieu soit loué ! Vous êtes là ! Dieu soit loué !

Le timbre de sa voix accusait une peur panique doublée d’un immense soulagement. Comme si elle avait besoin d’entendre une confirmation elle insista en répétant :

   Dis-moi ? Tu vas bien ? Tu te sens bien ? … Minou va bien ?

   Très bien, répondis-je sans comprendre son inquiétude. Minou joue avec Brice dans le salon. Elle va parfaitement bien, elle t’embrasse. Et toi ma chérie ? L’intervention de ce matin s’est bien passée ? Tu rentres quand ? Ce soir ?

   Mon Dieu, Titou, j’essaye de t’appeler depuis des heures. Où étais-tu ? Je désespérais d’entendre le son de ta voix. Quel soulagement ! Tu es bien vivant ! … Minou va bien ! … Alors peut être que tout n’est pas perdu.

Elle parlait avec tant d’emphase que je lui fis part de ma perplexité.

   Mais qu’est ce que tu racontes Tinou ? Tu es sûre que ça va toi ? Qu’est ce qu’il y a ?

    Un grand malheur ! Titou, un grand malheur ! Il se passe tellement de choses étranges… des choses terribles… terribles et inexplicables.

   Quoi donc ? Explique toi bon sang !

   Eh bien… en ville, il y a plein de gens morts… Comment te dire, des morts qui sont pas vraiment morts au sens ou on l’entend, je ne sais pas comment t’expliquer ça. Il y a des corps sans vie partout, des personnes inertes, figés… immobiles… Comme si leurs enveloppes charnelles étaient devenues vides.

Je ne comprenais rien à ce qu’elle racontait.

   Qu’est ce que c’est cette histoire de fou Justine ? Explique-moi calmement veux-tu ? Reprends depuis le début mon cœur… je suis là, je t’écoute. »


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A
ça commence à vraiment faire peur...
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