Bloc-notes de Toncrate
J’organisai le retour à l’air libre dans l’ordre inverse de l’aller. Minou franchit d’abord l’obstacle fermement cramponnée à mon dos, puis Fabrice suivit après avoir consenti au sacrifice d’attendre son tour dans la grotte, mais cette fois avec l’assistance de la torche ; enfin le matériel grossièrement emballé dans le sac se retrouva bientôt lui aussi au grand jour, sur la plage de rochers.
Les enfants se séchaient au soleil en reprenant des forces tandis que je consultai l’heure sur mon téléphone portable : nous avions passé presque trois heures sous la terre ! A la réflexion il m’avait semblé que les bougies avaient brûlé drôlement vite. En réalité, dès que l’on se trouve hors d’un environnement référent on perd assez facilement la notion du temps. Même nos estomacs avaient laissé passer midi sans protester.
Puisqu’il était si tard j’essayai d’appeler Justine qui en avait certainement terminé à cette heure, mais au fond de la vallée encaissé, en plein milieu du causse, les ondes n’ondulaient pas ; il m’était impossible d’accrocher le moindre battement de réseau. Plutôt que de m’entêter j’éteignis l’appareil et renonçai à mon projet.
J’appelai les enfants pour manger. Ils ne se firent pas prier. Les sandwiches triangulaires que j’avais préparés le matin à force de pain de mie tranché et tartiné à l’opinel, reçurent les honneurs qu’ils méritaient. Il y en avait au thon, au jambon blanc, au pâté, à l’emmental… avec ça des tomates juteuses à mordre dedans, des radis encore bien croquants qui restaient de la veille, du chocolat en barres, des mini cakes, et pour se rincer la bouche, une grosse pomme à peine acidulée et cueillie du matin pour chacun d’entre nous.
Après nous être convenablement restaurés je demandai aux petits de m’accorder une faveur en n’entreprenant rien d’autre que de paisibles jeux sans s’éloigner de la plage ni patauger dans l’eau, le temps que je m’octroie une petite sieste. Sur le pont depuis six heures du matin j’avais besoin de prendre un peu de repos. Je restais tranquillement étendu sur ma serviette sans toutefois me laisser attraper par le sommeil. Un œil aux aguets et une oreille en veille afin de détecter en permanence la présence des enfants. Que voulez-vous, on ne se refait pas.
Cependant je parvins à me rasséréner en les entendant gentiment gazouiller tandis qu’ils manigançaient quelque jeu improbable avec des petits cailloux blancs et des écorces de bois mort…
Soudain je me réveillai en sursaut, en me demandant où j’étais, ce que je faisais là et en découvrant les enfants toujours occupés au même amusement.
« Enfin tu te réveilles ! … claironna Minou en me voyant émerger, ça fait trop longtemps que tu dors papa !
— Bin ouais, je voulais juste me reposer un peu… répondis-je penaud, et puis je me suis tout endormi. Tu aurais dû me réveiller.
— Je l’aurais fait dans cinq minutes tu sais !
— D’ailleurs quelle heure il est ? Demanda Brice. On peut se baigner après la digestion maintenant ? »
Ils le pouvaient. Je comprenais leur impatience. J’avais piqué un sacré roupillon et pendant plus d’une heure de rang c'est eux qui avaient veillé sur moi. Le monde à l’envers !
Je restais assis sur la berge en les regardant barboter une dernière fois avant de retourner à la maison. Je me félicitais qu’ils s’entendent si bien l’un et l’autre, qu’ils s’affirment raisonnables et responsables pour leur âge. Je les trouvais très achevés tous les deux, différents mais assortis. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, mais moi, je me comprends.
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Tiens tiens ! … Trois petites étoiles… Bédame ! Ça voudrait dire que le chapitre deux, il est fini ? … Déjà ! ... Bin oui.