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Bloc-notes de Toncrate

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28 – Dans les entrailles de la terre

 

D’un point de vue purement scientifique, la cavité dont nous explorâmes systématiquement tous les renfoncements ne représentait pas un très grand intérêt. Pas de concrétions remarquables hormis des écailles de calcite à hauteur d’homme et sur quelques pans de plafond. Un sol en pente douce, lisse et trop régulièrement lavé par la montée des eaux pour conserver la moindre trace de quoi que ce soit. A partir d’un certain niveau nous pûmes tout de même prélever des échantillons de sable et de roche pulvérisée. En soi, rien d’extraordinaire mais un bon exercice de structuration mentale pour les enfants. Repérer, mesurer, situer, prélever, emballer, étiqueter… suivre des procédures complexes tout en s’amusant, voilà un des secrets du bon apprentissage.

 

Nous travaillâmes un long moment dans la mouvance de nos propres ombres géantes générées par les lueurs étrangement fixes des bougeoirs, relevant ici et là la forme de la grotte, reportant ensuite nos observations dans le carnet de croquis. Grâce au mètre de couturière et aux ficelles déroulées nous pûmes calculer les principales dimensions de l’espace souterrain jusqu’à estimer son volume à au moins quatre fois celui du gymnase de l’école. Quand bien même la cavité n’aurait pas de relation avec l’extérieur, ce qui semblait être les cas, nous ne risquions pas de manquer d’air à respirer. Une pause pour dévorer quelques barres aux céréales que j’avais pensé à emporter de ce côté de la rivière et aussitôt les enfants se remettaient de bon cœur à la mission d’exploration qui leur plaisait énormément.

 

N’allez pas croire que j’avais amené les gamins sous la terre dans le seul but de les contraindre à travailler dur comme l’aurait injustement fait un vilain ogre ou un croque-mitaine de dessin animé. Après la parenthèse éducative judicieusement ouverte au moment de l’ébahissement et de la découverte – on sait comment fonctionnent les enfants - le temps vint des activités plus ludiques, et puis, pour finir plus sereinement, par celui de la contemplation et du recueillement.

Assis au centre de la grotte, en formant un triangle solidaire nous attendîmes que la dernière coupelle de cire que j’avais mise en place soit complètement consumée, d’abord en discutant à bâtons rompus puis en chantant des comptines apprises à l’école dont les refrains se réverbéraient étrangement en canons sous la voûte de notre abri.

 

A chaque flamme qui mourrait subitement, l’obscurité devenait un peu plus dense. Dans ma main, la main de Minou se faisait de plus en plus pressante, ses doigts nerveux agrippant fort les miens. De l’autre côté Fabrice réagissait sensiblement de la même façon. Ce fut là un moment rare d’intense communion entre nous.

Quand le noir fut total nous cessâmes de chanter. A cet instant, pendant une poignée de secondes remplies de néant profond et silencieux, nous avons probablement connu tous les trois ce qu’on doit ressentir lorsque l’on entre en lévitation. Un simple et un pur bonheur humain qui se passe de tout commentaire.



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A
je note les qualités de pédagogue de ce merveilleux papa, et je frissonne de noir !
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