Bloc-notes de Toncrate
A huit heures et demie, après avoir consulté la météo afin de m’assurer que la sortie envisagée pourrait se dérouler sans le moindre danger, je me préparai un second petit déjeuner en même temps que celui que je destinais à ma fille. Puis je montai à l’étage pour gentiment la réveiller et lui faire part de mes projets, car contrairement à son habitude, elle n’avait pas encore montré le petit bout de son nez.
S’il y a une chose qui me fait bien fondre le cœur, c’est de voir ainsi ma princesse endormie. Cet abandon dans le sommeil, les traits détendus de son visage, son expression de totale confiance, tous ces détails me confortent dans un sentiment de plénitude lié à la satisfaction du père protecteur que je ressens profondément chaque fois que j’y suis confronté.
Vient le moment magique du baiser sur le front, la chatouille légère derrière l’oreille, l’instant miraculeux du premier mouvement, l’œil qui parpalége en s’efforçant, le grognement insatisfait et l’étirement des membres endormis qui semblent recopier point pour point la première venue à la vie. Le réveil vu comme une petite résurrection.
« Tu te lèves Minou ? … Le déjeuner est prêt.
— Mmmmph… Maman est partie ?
— Ça fait un moment. Il est presque neuf heures. Je t’ai laissée dormir ce matin.
— Est-ce que c’est dimanche aujourd’hui ?
— Oui.
— Alors il n’y a plus que lundi et après c’est école ?
— Exact. Mais ne te plains pas, pour moi, la rentrée est prévue dès demain. Alors il faut profiter de cette journée tu ne crois pas ?
— Si !
— Si ça te dit, on peut aller à la grotte ce matin. Tu sais celle dont je t’ai parlée.
— Oh oui ! Est-ce qu’on peut demander à Fabrice de venir avec nous ?
— Pourquoi pas ? S’il n’a rien de mieux à faire. Téléphone à sa mère. Mais avant ça tu descends manger, il ne faut pas partir le ventre vide.
— Porte-moi !
— Hébé ! Tu fais le bébé ce matin ?
— Vi ! … Porte-moi, papa… »
Joignant le geste à la parole, petite Minou poids plume passe ses bras autour de mon cou en se blottissant contre moi. Plus ou moins consciemment elle sait déjà parfaitement me manœuvrer en jouant avec mes sentiments. Son amour enfantin, natif et entier s’exprime si fort et si ample qu’il m’impressionne.
Comment se mettre à la hauteur ? Comment ne jamais le décevoir ? Comment en être responsable ? …
Je suis en train de penser en désordre à tout ça et aux problèmes que cela va poser durant l’année scolaire alors que je serai le maître pendant la journée et le père après l’école, tandis que je descends prudemment les marches de l’escalier en tenant fort contre mon cœur mon très précieux chargement.