Bloc-notes de Toncrate
Si on se laisse parfois emporter dans la famille, c’est peut-être parce que la lignée dont nous sommes issus par le papa de maman, a consacré le passage de quelques globules rouges transalpins dans le courant impétueux de nos veines. Pour vous la faire courte, du côté des aïeux de mon papé, on était d’authentiques napolitains jusqu’à la fin du XIX° siècle, époque où les crises économiques accélérèrent les vagues d’émigrations vers le sud de la France et d’autres contrées plus prospères.
Plusieurs générations et un gros siècle plus tard, les brassages répétés, les unions, les voyages, les temps modernes, l’ensemble de ces aléas ont eu raison des spécificités initiales. Bref, cette histoire italienne ne serait qu’une anecdote sans importance si ma tante Geneviève, la sœur aînée de ma mère, n’était pas retournée aux origines en allant chercher un époux en Toscane.
C’est pourquoi, davantage que du sang, je possède par cette branche une véritable famille dans la région de Florence : l’oncle Antoine que je vénère comme un père, quelques lointaines tatazias et leurs progénitures qui ne parlent pas un mot de français… et surtout le cousin Ginno, mon alter ego (nous sommes nés la même année) qui est devenu définitivement plus qu’un frère pour moi.
Que sont doux et savoureux les souvenirs des Noëls florentins, la magie des lumières scintillantes qui se reflètent dans l’Arno comme milles pierreries impalpables. Et ces étés paraissant ne jamais se finir que nous avons vécu à quatre mains, à deux cents pour cent, dans la maison de vacances de l’oncle près de Sienne, là où avec mon cousin nous avons expérimenté les innombrables découvertes que l’on peut sensément imaginer, et ceci à tous les âges de la vie… qu’ils me tiennent à cœur eux aussi !
Maman n’ayant jamais pu se résoudre à fonder une nouvelle famille après la disparition tragique de mon père, j’ai grandi enfant unique. Mais j’ai tout de même un frère : Ginno ; il compte pour moi dans ce rôle et pas rien qu’en terme de figuration.
Chaque fois que nous le pouvons nous ne manquons pas de passer du temps ensemble : pour la Noël nous nous retrouvons traditionnellement à Florence, chez ma tante et mon oncle, avec toute la sainte famille. En été c’est selon ; jusqu’à ces dernières années on se voyait à l’occasion de quelques jours de vacances sur une île paradisiaque : les Eoliennes, Capri, la Sicile, enfin, à l’endroit où Ginno a l’habitude d’animer ses stages de plongée sous-marine pour touristes, vu que c’est là son principal métier.
D’autres fois on s’en allait toute une bande à bord de camping-cars de location et on envahissait les Pouilles, Rome, Venise, ou plus simplement on se posait à Costal, dans la maison de l’oncle, rien que pour retrouver la saveur désuète des souvenirs de jeunesse.
Cependant, depuis que nous habitons au Bélougue et que la petite nous fixe davantage, c’est plus souvent au tour de Ginno de traverser les Alpes. Cela fait plusieurs années que pour notre grand plaisir, il vient personnellement gratifier le mas de sa présence afin de reprendre des forces hors la saison touristique.
Le seul petit souci c’est que chaque fois qu’il s’annonce, il faut expliquer à Minou que tontonzio arrivera avec une nouvelle tatazia ; jusqu’à présent mon gentil cousin n’ayant jamais frayé d’autre compagnie que celle de ses multiples fiancées… dont il change un peu trop fréquemment, enfin… de l’avis général.