Bloc-notes de Toncrate
La porte est entr’ouverte. C’est à cause du chien de la maison qui va et qui vient à sa guise. Tu vas le connaître très vite ; c’est un adorable bâtard incapable de faire le mal. « Un chien de mégarde » dit le père de Brice en plaisantant. C’est vrai qu’il ne saurait pas faire la différence entre des voleurs de pommes et les représentants de la loi. Pour lui chaque visiteur et digne d’un accueil de fête pourvu qu’il donne des caresses.
Quand on parle du loup… voilà le toutou ! Salut Blek ! Va ! Va ! … Dis-lui bonjour sinon il ne va pas nous lâcher.
« Youh hou ! Y’a quelqu’un ?
— Oui ! Ici ! C’est toi Minou ?
— C’est moi mamé, je ne suis pas seule.
— Eh bien entrez ! Ne restez pas plantés devant ! Tu cherches Fabrice je suppose ? Il est allé aux ânes avec les gosses du gîte.
— C’est parce que papa a dit qu’il vienne dîner au mas s’y veut. Et aussi je dois lui rapporter six œufs. Oh ! Ça rime !
— T’as la boîte ?
— Oups ! Je l’ai oubliée en bas.
— Chaque fois c’est pareil. Et comment tu vas transporter six œufs ma fille ? En jonglant tout le long du chemin ?
— Euh…
— Bon ! Je vais t’en trouver une pour cette fois mais tu penseras à me la rapporter hein ?
— Oui mamé, celle-ci et les autres, promis.
— Attends une minute. »
La mamé de Fabrice, elle se donne des airs pas commodes comme ça mais au fond c’est une vraie pâte de coing. Quand elle te prend dans ses bras et te berce, tu sens trop l’amour qu’elle a pour les enfants. Je l’adore !
Tiens ! Allons voir Trinquette. Si elle est là, elle a sa place sur cette chaise…
Elle y est ! … Vise comme elle est jolie cette féline. Encore toute jeunette. Noire comme l’ampélite avec deux grandes émeraudes pour l’éveil. C’est dit, quand elle fera des petits il y en aura un pour moi ; papa et maman sont d’accord.
Mais encore faudrait-il qu’elle se dégotte un mari cette feignante. « Trinquette ! C’est pas en restant enroulée sur ta chaise toute la sainte journée que tu rencontreras ton beau ! »
Enfin ! C’est la nature qui décide…
« Voilà tes œufs Minou.
— Merci mamé, Brice est aux ânes ?
— Oui.
— On va aller le chercher. S’il te plaît, tu diras qu’il vient souper avec nous ?
— Ma parole ! … J’ai l’impression qu’il habite plus souvent au mas qu’à la ferme ce petit. Hé ! hé ! Vous-verrez qu’on finira par les marier ces deux là.
— Arrête mamé… Tu feras la commission ?
— Compte sur moi, je le dirai. Viens par ici que je te bise ma grande. »