Bloc-notes de Toncrate

Au revoir les tommettes ! Bien le bonjour parquet ! Tu vas voir, en haut c’est le règne du bois dans toute sa splendeur. Regarde au-dessus de ta tête ces poutres deux fois séculaires, elles sont assurément d’origine et - fait rare même pour notre région - elles ont été équarries dans des troncs de châtaignier. Bon, moi je te raconte ça parce que c’est mon-papa-qui-sait-tout qui le dit. Je ne suis pas une spécialiste ès charpentes hein !
Pour te situer, nous voilà donc en haut de l’escalier, dans une sorte de dégagement. Nous tournons le dos à la façade. A main gauche cette porte loquetée donne sur un débarras où s’entasse tout un foutoir de zinzins datant de l’époque où le mas était en travaux. Avant d’acheter la moindre vis au quincaillier, mon père fouille systématiquement ce carré pour voir si par hasard il n’y en aurait pas en stock. Comme il aime à le répéter : « Le recyclage ça commence par la récupération, souviens-toi de ça Minou… et en plus il n’y a pas de petites économies. » Avec ces idées à la noix, si on l’écoutait on n’achèterait jamais rien de neuf à la maison ! Heureusement qu’il y a maman pour me payer des fringues.
Revenons à notre étage. En face de nous une autre porte aux vitres dépolies qui laissent à peine passer le jour. Mais si tu veux bien, celle-ci nous ne l’ouvrirons qu’à la fin de la visite. A gauche, le couloir percé d’un fenestron dessert les waters, la salle de bain et la chambre des parents qui donne de l’autre côté du bâtiment, sur le couchant. Par discrétion nous n’allons pas nous immiscer dans cette partie de la maison, mais je vais te montrer les autres pièces.
Celle-ci, tout de suite à droite c’est la tienne ; la chambre d’amis quoi ! En ce moment elle est libre, alors si tu veux, après souper tu fais celui ou celle qui a un peu bu et c’est sûr que mes parents te proposeront de rester pour la nuit.
Ah ! Tu ne bois pas ! Zut ! … Attends ! Au dîner papa va insister pour que tu goûtes le vin de son ami Ravière…
Hébé… Je sais pas moi, essaye au moins de faire semblant, sois sympa ! Moi j’ai envie que tu restes ! T’es cap ou t’es pas cap ? Oui ! Super ! Alors c’est dit, tu dors ici ? Juré craché ? Et puis t’as pas besoin de te mettre la tête à l’envers pour de bon non plus ! Oh ! Oh ! … Que je suis contente !
Viens voir. Les couvertures et les oreillers sont dans cette armoire. Tout est bien rangé. Pas étonnant, la semaine dernière la pièce était occupée par ma grand-mère, la mère de maman. Elle est très ordonnée ; toujours verte et active. J’aime bien quand elle vient ici. C’est la seule représentante de mes grands-parents qui me reste. D’après ce qu’on m’a dit, son mari a disparu tragiquement avant de venir vieux, il y a bien longtemps, dans un accident de la route. Quant aux parents de mon père si je les ai connus toute petite je ne m’en souviens guère. A présent ils sont au ciel, mais au moins eux ils sont morts de leur belle mort.