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Bloc-notes de Toncrate

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7 – Lou Bélougue

 
Déjà l’heure du goûter ! Tu es sûrement en train de te poser des questions sur le moment hypothétique où va se nouer l’intrigue du roman que j’ai entrepris d’écrire hein ? Allons ! Ne t’inquiète pas… Tu vas bientôt pouvoir piquer dans le gras de l’histoire avec le bout de l’opinel dont tu tournes et retournes machinalement la virole entre tes doigts. Au fait ? Comment as-tu trouvé ce pâté de tête ? Pas sale hein ? Il est fabriqué au bourg selon une recette traditionnelle, au mépris de toute réglementation européenne… et vendu sous le manteau dans une sombre arrière boutique … Mmmm ! …

Patience ! … Tiens ! Goûte-m’en un bout de plus…

 

Laisse moi t’expliquer pourquoi je suis longuette comme ça. Avant de rentrer dans le vif du sujet d’une histoire, quelle qu’elle soit, il ne faut pas lésiner sur le plantage du décor. Papa me le répète tout le temps : « L’avantage dans l’écriture, c’est que le lecteur va réellement pénétrer à l’intérieur des scènes que tu dépeins. Contrairement au cinéma ou au théâtre qui le réduit trop souvent à un rôle de témoin captif, le roman lui laisse le contrôle du temps. Il lui donne la liberté d’aller et de venir, de changer de peau en s’identifiant aux différents personnages. D’où l’intérêt de les faire évoluer dans un environnement qu’il puisse reconnaître, de lui donner accès à des repères auxquels il pourra se raccrocher quand l’histoire deviendra par trop insoutenable, ou lorsque les événements commenceront à outrepasser le sens commun de la raison. »

Mais, n’anticipons pas…

 

Alors aujourd’hui on continue le tour du propriétaire. Si jusqu’à présent tu as suivi un tant soit peu ma prose, tu te reconnaîtras. Sinon tu risque de te perdre !

 

On aurait dit que tu serais mon invité(e), d’accord ? En supposant que tu viennes du bourg, tu aurais quitté la route après le col des Petites Combes. Ensuite tu serais descendu sur ta droite dans le chemin privé qui passe au-dessous de la ferme Cabryal. Tu aurais roulé deux ou trois cents mètres puis, un peu avant d’arriver à la magnanerie, à environ trente ou quarante pas (selon que ce sont de tes pas ou des miens que l’on parle) tu serais tombé sur un panneau en bois de châtaignier fixé à une antique roue de charrette où est gravé le nom du domaine : « Lou Bélougue ».

Te voilà arrivé !

 

A cet endroit le chemin gravillonné et suffisamment large pour  permettre une manœuvre de demi-tour ; mais aussitôt après il se  rétrécit et se divise en patte d’oie : tout droit il continue de niveau pendant quelques dizaines de mètres avant de se perdre en sentier. Il ne faut pas stationner là parce que c’est la place réservée de maman. Tu prends à droite dans l’allée qui descend sensiblement jusqu’à l’entrée principale et qui finit en cul de sac. C’est ici que tu te gares. Quand on est nombreux on se range dans l’ordre inverse de la priorité de départ, ceci afin d’éviter d’incessantes manœuvres. A toutes fins utiles, je te conseille vivement de t’engager dans le chemin en marche arrière, surtout si c’est la première fois que tu viens. Ainsi après le souper tu repartiras dans le bon sens de la montée, et crois-moi,  à ce moment là tu m’en sauras gré.


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