Bloc-notes de Toncrate
omme prévu le commissaire ne reste pas longtemps seul à veiller sur la scène morbide. Au loin une sirène de police se manifeste. C’est ce con de Greg… Il ne sera jamais adulte ! Il a sûrement affrété la Laguna rien que pour se faire mousser. Les deux notes aiguës se font assourdissantes puis elles cessent subitement. Le gyrophare de la Renault précède le car de police.
Philip fait signe aux nouveaux venus de se ranger à l’entrée de la vigne, là où c’est plus large, puis il engueule son subordonné :
— Tu ne peux pas t’empêcher de faire le mariolle ! Avec tes conneries tu vas faire rappliquer tout ce que le canton compte de curieux.
— Oh ! ne sois pas rabat-joie. Pour une fois que je pouvais conduire autre chose que la pétrolette, j’ai pas résisté. Putain ! … cette caisse c’est un vrai régal à piloter, surtout avec la sirène !
Philip n’insiste pas. Il salue le sergent et les hommes qui descendent du car.
— Je vous laisse le soin de garder le périmètre. Tenez les badauds à distance. Compte tenu du manque de discrétion de mon collègue ça va pas tarder à rappliquer.
Le policier porte la main à son képi, plus par réflexe que pour saluer véritablement.
— A vos ordres commissaire. On laisse passer qui ?
— Les gars du labo et le légiste.
— Entendu.
— Si c’est possible, faites-vous relever après quatorze heures.
Il désigne son inspecteur du bout de l'index et ajoute :
— Le lieutenant Mayoral va rester avec vous.
S’entendant nommé, Greg réagit vivement :
— Et merde !
Bordiga insiste cyniquement :
— Hé ? … T’es jamais content toi ! Tu voulais prendre l’air ce matin. Eh bien tu vois, tu es dehors !
— O.K.…. O.K., c’est toi le patron.
— Aboule les clés de la Renault.
L’inspecteur se fend d’une nouvelle grimace de dépit :
— Ça, j’en étais sûr… Décidément, j’ai tout faux sur ce coup… Ce matin je sentais bien que ce serait pas ma journée !
Adoptant un ton excédé, Bordiga montre du doigt l’endroit où les deux flics ont trouvé une mort atroce.
— Hé Ho ! Relativise un peu quand même ! … Tu vois, par-là, il y en a deux pour qui ce n’était pas le bon jour… vraiment pas le bon jour !
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