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Bloc-notes de Toncrate

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Ragtime

 

L'action se déroule à Paris, dans un restaurant gay, rue des Saints-Pères. C'était là que, par nécessité, travaillait mon copain William trois soirs par semaine, à l’époque où il sortait avec Joan, la plus mignonne des filles du lycée. Une centrefold de magazine aux cheveux rouges et aux lèvres mouillées. J’ai toujours pas compris pourquoi elle s’était mise avec lui ! Putain ! Qu’est-ce qu’elle était belle cette nana ! Le William, lui, y cassait pas des briques ! Enfin !

 

Flashback : Joan… Juste en fermant les yeux je la revois comme si c’était hier : un corps de rêve elle avait, avec des jambes toutes longues, un joli petit cul haut de gamme, des seins ni trop gros ni trop flats, et surtout un visage de poupée de porcelaine dont elle maîtrisait à la perfection les expressions et qui faisait fondre les garçons en leur mettant le cœur tout en carton. En outre, et ça ne gâchait rien, le bruit circulait que la déesse ne s'opposait pas franchement au rapprochement des deux sexes et qu’elle se couchait sans trop se faire prier…

A terme j'aurai la confirmation que la rumeur était fondée et même au delà, je pourrai également connaître d’autres détails, de visu, dont je ne peux parler ici, car ils sont classifiés depuis, et rangés dans un dossier qui doit se trouver dans l’armoire où sont conservés les papiers concernant les rétro-commissions des frégates de Taiwan.

 

Donc je me pointais au "Vieux Casque" avec la copine de William. Histoire de rigoler un brin nous avions d’abord fait le tour par l’entrée de service pour voir notre ami à la tâche. La cuisine était si étroite qu’elle aurait désespéré un Pantagruel nain, mais il faut dire que le resto ressemblait plus à une cave qu’à un autodrome ! Au fourneaux il y avait en tout et pour tout trois cuistots : Étienne responsable du "chaud", le second, pour l’heure en congés (remplacé par William) qui s’occupait du "froid" et un mignon qui ne causait qu’en polonais et qui assurait principalement la plonge pour garantir le turnover des assiettes. Au final, ces trois là qui s’activaient dans la coulisse relayés par les deux serveurs qui officiaient en salle, voyaient passer entre septante et quarante couverts, bon soir mal soir. L'équipe était complété par un pianiste de location qui confondait trop souvent ragtime avec vieille rengaine jusque tard dans la nuit. Bref, c’était une petite affaire.

 

A la porte principale nous étions accueillis par le patron de l'établissement qui rejouait son coming out chaque fois qu'il plaçait un client à une table. L’ambiance feutrée était propice à tous les chochotements… Une qui ne perdait rien du paysage et qui détaillait chaque visage d’éphèbe attablé, c’était la belle Joan. Elle m’avait soufflé à l’oreille : « Dis-moi ? C’est fait exprès que les beaux mecs soient toujours atrocement gay ? Décidément, les nanas n'ont vraiment pas de chance !… »

Je ne sais pas si elle m’avait dit ça dans le but de couper court à toute tentative d’approche de ma part, du style : « T’avise pas à me faire du flan t’es pas mon style et t’es même pas beau », mais quoi qu'il en soit j’avais déjà renoncé à élaborer des plan, ne serait-ce que par respect pour William qui trimait juste derrière le passe-plats. C’était mon meilleur ami tout de même, et cela suffisait à me dissuader de lui jouer un mauvais tour.

 

Alors je m’étais rabattu sur le menu mais comme William me l’avait laissé entendre, il n’avait rien de très vibrant. Après la salade "Vieux Casque" composée d’un habile mélange d’éclats d’endive, d’émincé de poulet froid et de lamelles de champignons de Paris qui nous avait été recommandée, nous avions dégusté un chateaubriand sans style avec des french fries très conventionnelles. Une crème catalane pour le dessert. Vu le prix demandé, ça ne valait pas le détour… sauf peut-être pour les fans de Bolcom ou les dénicheurs de coucous suisses.

en l'occurrence ce n’était pas mon cas.

 

 

Assaisonné pour les Impromptus Littéraires


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