Bloc-notes de Toncrate
e commissaire suçote le bout mâché de son stylo. Il fixe le jeune homme dans les yeux qu’il a très bleus et revient au vif du sujet.
— Bon. Alors vous arrivez sur place un peu avant neuf heures, vous levez le rideau de fer et après ?
— Eh bien… je déverrouille la porte et je rentre à l’intérieur, sans me douter… . Et là… Oh ! la la !
Il recommence à pleurnicher.
— Alors ?
— Les patrons… je vois les patrons avec beaucoup de sang par terre. Tout de suite j’ai compris qu’ils étaient morts. C’est trop horrible !
Philip laisse passer quelques secondes.
— Vous êtes certains qu’il s’agit bien d’eux ?
— Oui, sans aucun doute.
Imaginant que le crime n’a pas pu être commis en vase clos Bordiga demande :
— La boutique a combien d’issues ?
— Je comprends pas… qu’est ce que vous voulez dire ?
— Puisque la porte principale est fermée quand vous arrivez, il doit y avoir une autre entrée.
— Ah oui ! … Il y a l’appartement.
— Quel appartement ?
Le jeune se mouche bruyamment puis il reprend :
— Le logement des patrons est mitoyen au salon. Il y a une porte de communication dans la boutique mais on ne l’utilise pratiquement pas. Pour accéder à l’appartement privé, normalement on passe par la rue et la porte de l’immeuble.
Philip tique, un détail l’intrigue.
— Vos patrons habitent sur place, mais c’est vous ou votre collègue qui vous chargez de l’ouverture ?
— Oui, c’est comme ça que ça se passe… A neuf heures Georges ou moi, à tour de rôle on fait la mise en place pour la journée. Les rendez-vous n’arrivent pas avant neuf heures un quart, ou la demie. Et puis Michel et Jean-Louis ne sont pas vraiment du matin. On peut même dire que ce sont des papillons de nuit ces deux là.
— Parlez-moi un peu d’eux.
— Eh bien… le plus âgé, celui qui est un peu empâté c’est Michou. Euh… Michel… mais tout le monde l’appelle Michou. C’est le propriétaire de la boutique. Jean-Lou, c’est son ami, ils étaient ensemble quoi ! … en couple… vous voyez ce que je veux dire !