Bloc-notes de Toncrate
e commissaire dégaine le carnet à spirales qui ne le quitte jamais et dont la couverture est devenue luisante à force d’être manipulée. Il s’oblige à parler lentement.
— Monsieur Martinet ?
— Oui…
— Monsieur Martinet, je comprends votre désarroi mais c’est important que vous me racontiez très précisément ce que vous avez fait en arrivant ce matin.
Le jeune homme glisse une main dans ses cheveux. Il a vraiment l’air d’un gamin. Guère plus de vingt ans. Il réfléchit avant de s’exprimer, prend le temps de passer plusieurs fois sa langue sur ses lèvres. Au moment où enfin il émet un son, sa voix se révèle étrangement grave.
— Eh bien… mon Dieu ! J’ai ouvert le salon. C’était pas tout à fait neuf heures.
— C’est vous qui ouvrez d’habitude ?
— Moi ou George. On fait un jour non l’autre. Ce matin c’était mon tour… Oh mon Dieu ! C’est tombé sur moi.
Tandis que le garçon pleurniche, Bordiga fait cliqueter son stylo pour en sortir la bille, il s’apprête à noter.
— George comment ?
— Denain. Georges Denain.
— Il fait quoi ?
— Il est employé comme moi. Le mardi il est d’après-midi.
— Vous connaissez son adresse ? Son téléphone ?
— Bien sûr.
Philip transcrit les coordonnées. Puis il passe à la question suivante :
— Vous faites aussi la fermeture ?
— Non, c’est les patrons qui ferment la boutique. Il y a du monde jusqu’à tard le soir. En principe, George et moi on quitte à dix-neuf heures trente.
Le jeune homme semble reprendre confiance en lui. Bordiga lui demande :
— La dernière fois que le salon a été fermé, c’était quand ?
— Eh bien… samedi soir. Mais je ne sais pas à quelle heure. Il y avait encore un client en train quand je suis parti.
— Vous vous rappelez qui ?
— Euh… Non, je ne m’en souviens pas… Mais il est certainement marqué sur le cahier de rendez-vous.
Par acquis de conscience le commissaire insiste :
— Vous confirmez que le salon est resté fermé dimanche et lundi ?
— Absolument Monsieur. Oh ! Mon Dieu !… Si ça se trouve ils sont morts depuis deux jours !
Cette idée fait blêmir le garçon qui se met à trembler du menton.