Bloc-notes de Toncrate
e train-train a repris son cours au bureau des inspecteurs. Romuald est affairé derrière un ordinateur tandis que Camille est pendue au téléphone.
Au passage du commissaire et sans cesser d’écouter son interlocuteur, elle recouvre le micro de la paume et chuchote :
— D’Ysembert veut te voir.
— J’y vais.
— Et puis il y a aussi Jeannot qui a cherché à te joindre.
— O.K.
Philip frappe à la porte du Chef. Il voit bouger une ombre à travers les vitres dépolies des doubles vantaux. L’homme marche à grands pas, faisant des va-et-vient devant son imposant bureau. Il faut dire que c’est un sacré gabarit ! Là il est en train de téléphoner, Philip l’entend éructer dans l’appareil. Il marche lourdement, tourne sur lui-même puis vient enfin vers la porte qu’il ouvre à la volée.
— Puisque je vous dis que c’est le ministère ! n’insistez pas ! … c’est ça !
Il retourne à son bureau où il pose le combiné.
— Ces journalistes ! Des fouille-merdes oui ! … Eh bien Bordiga ! vous avez eu un dimanche agité à ce que j’ai entendu dire.
Philip le salue d’un mouvement de tête.
— Bonjour Monsieur D’Ysembert.
— Vous avez pris une bonne initiative ! Cette idée de faire venir la brigade anti-terroriste. Excellent ! Je ne regrette qu’une chose.
— Oui Monsieur ?
— De ne pas avoir été là pour l’avoir eu moi-même ! Ah ! C’est toujours bon de se montrer aux parisiens.
— Euh ! … j’ai bien pensé à vous joindre, mais…
— Mais vous ne saviez pas où j’étais.
— Non…
— Et bien figurez-vous Bordiga que j’étais au large d’Oléron… et que j’ai remonté un espadon de 45 kilos qui m’a donné bien du souci. Regardez plutôt ça, on a fait des polaroïds.
Tout sourire le gros homme brandit son trophée.
— Une belle pièce n’est-ce pas ?
Bordiga n’en a cure mais devant son supérieur il ne peut qu’acquiescer.
— Magnifique.
— Et ce n’est que le début de la saison. Vous verrez mon petit, je vais les collectionner cette année…
D’une pichenette, il jette le cliché en haut de l’armoire puis il se ravise :
— Euh ! … Dites Bordiga, pour cette histoire d’attentat.
— Oui Monsieur ?
— Vous allez me fureter un peu, par-ci, par-là. Ce serait bien si on trouvait quelque chose qui aurait échappé aux spécialistes... vous voyez ce que je veux dire ?
— Je vois parfaitement Monsieur.
— Très bien. Vous me tiendrez au courant n’est-ce pas ?
— Sans faute Monsieur.
En appuyant son propos par un clin d’œil entendu le gros homme lance jovialement :
— A la bonne heure ! A la bonne heure ! …