Bloc-notes de Toncrate
andis que le commissaire vogue ainsi au fil de ses pensées, le chat s’amusant le ramène à la réalité. Il est en train de tirer comme un malade sur la ceinture de sa robe de chambre, allant jusqu’à l’effilocher.
— Hé ! Tu veux jouer Néron ? Non ! pas avec ça... Tiens ! tu as une boulette là !
L’homme la ramasse et la lance à travers la pièce. Plusieurs fois, comme l’aurait fait un chien à l’entraînement, le matou intelligent la rapporte en la tenant entre ses crocs afin que son maître la renvoie valdinguer. Après plusieurs courses folles il finit par se lasser.
Philip récupère encore une fois le papier tout chiffonné : c’est le bout de machin de la veille, ce prospectus du restaurant que Julia avait froissé. Il le déplie. Il lit le menu imprimé. Une ligne attire son attention : « Fricassée de perdreaux flambés à l’armagnac ». Qui lui avait parlé de perdreaux hier ? Karpof ? ou Jeannot ? ... Il disait : « ils ont grillé sans se rendre compte de rien. » ou un truc comme ça.
Les perdreaux, les poulets, les flics, les condés, les keufs, ... tous ces termes qui désignent des policiers.
C’est le mot suivant qui lui donne la chair de poule : « flambé ». Comme le gendarme dans la voiture. Cette coïncidence dans la même phrase, ça lui fait bizarre.
Le commissaire s’interroge. Décidément, cette histoire de Martillac le préoccupe. Il faut qu’il pense à autre chose, qu’il se change les idées.
Une dernière fois, comme pour faire table rase de ces pensées morbides qui le taraude, il expédie le papelard roulé en boule en direction du chat puis il va se prendre une bonne douche tout juste tiède.
Rasé de prés, il enfile un short et un t-shirt puis, pour se remettre en bonne condition autant physique que morale, il décide qu’il dispose d’assez de temps pour courir son jogging au Parc Bordelais qui se situe à seulement quelques dizaines de mètres de son immeuble.