Bloc-notes de Toncrate
l se passe une longue minute avant qu’enfin le fouineur se redresse. Il se dirige vers le périmètre de sécurité sans quitter des yeux un morceau de quelque chose qu’il tient entre ses doigts terreux.
— Salut Bordiga ! tu sais ce que c’est ça ?
— Bien sûr que oui !
Jeannot lève les yeux. On lit la surprise dans son regard.
— Tu sais vraiment ce que c’est ?
— Mais non ! je te fais marcher banane. Grouille ! Ça fait une heure que je t’appelle.
— Attends ! Ce truc, c’est de la malachite.
— Et alors ?
— Alors rien. C’est de la malachite, c’est tout. Elle a commencé à fondre. Il a du faire drôlement chaud ici. A première vue la température est montée extrêmement haut en quelques secondes. Si ça doit consoler les veuves et les orphelins on peut leur dire que leurs poulets ont grillé instantanément. Ils n’ont pas eu le temps de se rendre compte de ce qui leur arrivait. La belle mort quoi !
Philip écoute les commentaires inconvenants sans s’indigner. Il connaît bien Jeannot. Il sait parfaitement que cette façon de dégoiser grossièrement est nécessaire à l’évacuation du stress généré par ce genre de situation. En réalité personne ne s’habitue jamais à côtoyer des cadavres.
Quand enfin il peut en placer une, le commissaire annonce :
— Je suis venu te prévenir qu’on nous relève de l’enquête, la brigade anti-terroriste envoie une équipe. Tu peux rentrer chez toi maintenant.
Jeannot fait l’étonné :
— Tu veux dire que des types de Paname amènent leurs miches ici, chez les culs-terreux ?
— Oui. Pour nous c’est terminé.
Philip pensait bien que son ami allait protester, pour le coup, il n’est pas déçu :
— Attends !… attends un moment mon pote ! Tu sais ce que j’ai laissé dans mon lit ce matin pour venir faire le guignol dans ta vigne ? Tout ça parce que Madame l’inspecteur Mouradian me supplie de venir jusqu’ici pour retrouver Monsieur le commissaire Bordiga ? Et pour m’entendre dire d’aller me recoucher aussitôt ? Putain ! Il faudrait voir à vous entendre dans le service !
Philip le prend au mot en lui demandant aussi sec :
— Eh bien ? Qu’est ce que tu as laissé de si extraordinaire dans ton lit ?
Jeannot se met à bégayer.
— Euh… euh… pour cette fois tu as de la chance, j’ai … j’ai dormi seul cette nuit. Mais, mais… ça aurait pu !
Paternel, Philip lui tapote l’épaule :
— Tsss… Tsss… Laisse tomber mon vieux. Crois-moi, tu devrais aller te recoucher !
— Sûrement pas ! maintenant que je suis dans la place je vais attendre les parigots, je brûle de connaître les derniers gadgets à la mode.
— Bon… entre temps, sois cool, ne dérange pas trop le bazar.
— Pour ça ne t’inquiète pas ! Je jette juste un coup d’œil, pas plus que d’habitude… tu me connais !
— Oui… justement !