Bloc-notes de Toncrate
n suivant ses indications, Bordiga arrive rapidement sur les lieux. Il arrête la Ford sur une étroite bande de terre, derrière le fourgon de la gendarmerie. Des hommes s’activent un peu plus loin autour d’un véhicule d’intervention rapide des pompiers. Tout le bazar est parfaitement visible de la route, au beau milieu d’une vigne. Le brigadier de Léognan, qui a vu arriver la voiture, se porte à sa rencontre :
— Bonjour commissaire. Suivez-moi, c’est par-là.
Une odeur de cramé flotte dans l’atmosphère. Elle se renforce au fur et à mesure qu’ils avancent. Les paroles sont longues à venir. L’homme en uniforme rompt enfin le silence :
— L’incendie est éteint à présent, on y voit plus clair.
— La voiture a brûlé ?
Le flic comprend que ce n’est pas une question, juste une façon d’appréhender la réalité.
— Dites plutôt les voitures… Il y en a deux. Ou plutôt il y en avait deux. Ce matin, de bonne heure, le propriétaire de la vigne a signalé à la brigade un véhicule probablement volé abandonné dans sa propriété. Une patrouille est venue sur place pour se rendre compte … Ensuite il y a eu tout ce bordel… en fait ce sont les pompiers qui nous ont prévenus.
*
Les policiers contournent le 4x4 estampillé 18. Devant un cratère noirci coupant le chemin en deux, la carcasse du véhicule de gendarmerie achève de se consumer. On devine la forme d’une silhouette recroquevillée à la place du conducteur. Le type a été brûlé vif… Ça et là, entre les pieds de vigne arrachés, des morceaux de ferraille calcinés et tordus sont éparpillés. Certains fument encore. Les deux hommes restent sans voix.
Un des soldats du feu s’approche. Il dit au brigadier :
— On a trouvé l’autre gars de chez vous ; par là-bas… C’est pas beau à voir.
Le gradé accuse le coup. Il murmure plus qu’il ne dit :
— Quelle merde ! ils étaient si… et merde ! je dois retourner à Léognan. Misère ! Il faut que j’aille annoncer ça à leurs régulières.
Puis il ajoute plus sentencieusement :
— Allons ! s’il vous plaît, à présent vous prendrez vos ordres auprès du commissaire, moi je dois me mettre en route.
Il soupire encore une fois et se retourne en pensant à la lourde tâche qui l’attend.