Bloc-notes de Toncrate
Vermillon le côté de la pomme je croque :
je sais pas ? si je faisais le coup du petit roque ?
Là, je bouge mon fou ? il va me voir venir,
sa reine est embusquée prête à intervenir…
Ocre brun de soleil et d’océan sauvage
le sol est bleu aussi, le ciel est son nuage
des étoiles tourbient de lueurs incertaines
c’est la terre là bas ! Ohé ! Mon Capitaine !
Citronnade pétille en amour de vivier
des alevins en sont pétris depuis janvier
en bancs ou en transat, délicieuses sardines
danseuses emboîtées qu’on déguste en sourdine
Pourpre pampre imprégné d’un modèle gracile
est-ce la vigne folle qui te rend irascible ?
Toutes ces teintes sont lumières allumées,
pénombre éblouissante, bateaux encalminées
Fushun en Liaoning chinoiseries fuchsia ;
essai insatisfait de Lucrèce Borgia ;
tous abstrus, connivents et incompréhensibles,
à déconseiller aux jeunes âmes sensibles
Sang de la sève, équivalent du vert de gris
c’est la forêt qui pleure ou la forêt qui crie
la sombre éponge en un cloaque délité
donne à la vie sa chance de naître et d’exister
Pas fait le canari ? Le sourire divin ?
C’est jaune et ça sait pas… C’est loin d’être devin
pourtant ça fait briller l’univers tout entier :
c’est ma main dans ta main, la voie de l’amitié
Mauve étendard séché de boues ignominieuses
aux corolles voûtées, aux épaules odieuses…
Marseillaise ! Sonne ! Trompe la populace !
Efface de ta bouche ce sourire fugace
Orangé muscardin, dynamique orignal,
castor architecteur de hutte originale,
belette séraphine, musaraigne subtile,
voilà la vie, la vraie forêt indéfectible…
Marron glacé ou marron chaud sur le trottoir
c’est le fruit de noël, la couleur de l’histoire.
Il évoque un fumet, fragrance appétissante
diluée peu à peu dans les soirées dansantes
L’ourlet du pistachier, ce vert un peu pécore,
on en voudrait manger et remanger encore,
comme une ombre olivine, un joli péridot
roulé dans des chiffons au fond du sac à dos
La violine… Voilette à peine mystifiée
pareille aux vieux radeaux crûment anatifiées
elle évoque toujours la sortie de la messe
les miracles surfaits et les vaines promesses
Le bistre, mordoré, un peu jaune caca
je l’allais enterrer, j’en faisais peu de cas.
Pourtant son caractère est de bonne trempée
mais après tout, chacun de nous peut se tromper
Indigotiers, veilleurs de nuit ou taverniers
au bout de l’arc-en-ciel vous serez les derniers.
Cosette aurait voulu que vous lui accordiez
un temps pour oublier les méchants Thénardiers
Et la garance alors ? Et l’or des oubliés ?
Tu croyais qu’en un tour de main c’était plié ?
Mon ami, des couleurs il y en a cent mille
des corolles, des fleurs, des talles, des pistils !
La nuance et le goût font souvent bon ménage
les cordons bleus toqués en connaissent l’usage ;
comment faire briller l’œil d’une jeune fille ?
En sortant de sa gousse un bâton de vanille
Couché sur lie de vin, le nez en couperose
je cuve mon destin en rêvant à la prose
je voudrais me sortir de ces alexandrins
qui me font prisonnier de leur cercle restreint.
Variation sur le thème hebdomadaire des Impromptus Littéraires