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Bloc-notes de Toncrate

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Le miroir et le diable

 

Au bout de mon chemin, un reflet ; dans sa profondeur je vois un bouquet de fleurs sèches, fleurs de sable, roses comme l’aiguillon de l’ouïe qui sème la déroute. Une forme en V : envie de vouloir, peux pas. La défaite de l’onde, un remous blanc venu d’on ne sait où, pâle relief d’une tempête désertique.

Des zombies dans le marc de café noir, la cheminée du salon où se meurent d’ultimes braises tendres. Malgré moi le vent se multiplie aux obstacles, je cherche l’équateur de la sphère à moitié. Volute, volupté, V comme l’instinct de la vie, son avant-garde.

 

La table sépare les convives de l’unité verbale ; une main touche le clavier, c’est peut être le début d’une nouvelle mélodie.

Friable, la fleur sous les galets, une goutte de pluie.

Soudain une avarie dans le texte, la rivière y prend goût, deux cordes tendues font un gué abordable. La passerelle du violon, un doute soigneusement dépassé. Les cornes de brouillard, les nuages de Londres sur la mer verte du pays d’Erin. De rage brise la tristesse sur le cou des chutes ébénistes, une chevelure faite des plus hauts sapins dans la montagne en descend.

 

Contre le tain froid s’élabore une kyrielle de paysages mystiques ; une atmosphère d’ozone, multitude de radiations angulaires, la juxtaposition des pas, parce que les arbres nus sont nécessairement d’automne. Et la couleur flétrie de tes pétales, l’invision angélique des traditions obscures.

Un œil clos.

L’autre on ne le voit pas sous l’oreiller, c’est un oiseau au plumage froissé qui dort encore à cause de la nuit. Pour rien au monde, ou pas grand chose, des distinctions très appuyées en front de mer, un ersatz d’étoile double.

 

On traduit tout cela comme d’autres aspirent aux délicates fonctions du temps. Le serpent de la route qui vole les pupilles enflammées et souriantes, la densité de l’air qui se respire à la fois et s’éjecte de tes poumons, tout y pourvoit : une accalmie n’est pas une accalmie.

L’œil fait semblant de dormir, il reste clos mais frémit ; dédouble son évasion ; il outrepasse sa vision aux étendues glacées de l’antarctique.

 

Le miroir me regarde, étonné de mon teint blême, tel un étendard du moyen-âge écrasé sous les neiges de l’encensoir. Un aéroplane infirme se prend pour la colombe Pascale et reste coincé dans la cheminée de mon oubli. Privées de l’intime lumière, mes images se taisent enfin.



Ecrit pour les Impromptus Littéraires



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