Bloc-notes de Toncrate
La première année et la suivante, celle d’après et l’autre encore, tout se déroula selon ses plans. Nul n’eut le moindre soupçon à propos du sexe de l’héritier du trône. Noëlle, se prononçait de la même façon que Noël, ce qui aidait bien la reine dans la pratique. Pour elle il était facile d’abuser la compagnie : habiller le bambin de braies et de pourpoints afin de le tourner en garçonne apparence, lui tenir les cheveux coupés courts pour les empêcher de boucler outrageusement. Lui donner à jouer des petits soldats de bois sculptés et un tambour résonnant les couloirs du château de bruyants grondements belliqueux.
Elle fit si bien que le roi ne douta pas un instant qu’il eût un fils. Il faut dire qu’avec l’âge il devenait gâteux et perdait pour le peu qu’il restait son bon sens et son jugement. Pourtant il aurait pu subodorer quelque bizarreries, car lorsque Noëlle jouait avec ses sœurs elle ne se comportait pas vraiment comme l’aurait fait un garçon, y compris dans la posture du pipi, mais dans ses jeunes années ce détail n’avait jamais porté à conséquence.
Noëlle venait juste de fêter ses six ans lorsque le roi mourut d’avoir beaucoup vécu. Conformément à la loi promulguée, le dauphin désigné devint roi à la place de son père. En attendant qu’il fut assez instruit pour régner et administrer le royaume, la reine reçu le titre de régente et devint la gardienne du sceptre, de la lourde couronne, des devoirs, des pouvoirs et des les droits de la charge.
Nonobstant le dissentiment de son gouvernement, par un décret qu’elle prit autoritairement la reine modifia la coutume qui réservait la succession des pères aux fils, l’élargissant aux enfants des deux sexes. A l’écriture manuscrite du parchemin qui entérinait la succession de feu son époux elle ajouta le "l" et le "e" nécessaire afin de compléter le prénom de la dauphine. Ainsi la loi permettrait à Noëlle de régner lorsque le temps viendrait où elle ne pourrait plus se dissimuler sous une fausse androgynie.
Ce fut ce qui se produisit. Lorsque à l’aube de ses douze ans Noëlle monta sur le trône, elle avait l’apparence d’une superbe jeune fille épanouie. Car même si pendant son enfance elle avait dû s’habiller en garçon et jouer à des jeux de batailles, elle s’était instruite à l’influence de ses huit sœurs, ce qui avait permis de préserver la bonne direction de ses tendances naturelle. Et puis elle était tellement belle et bien faite de sa personne que le peuple ne trouva rien à redire à son encontre quand il fallut l’accepter et l’acclamer comme souverain légitime.
C’est ainsi que débuta le long règne de Noëlle, que l’on appela le Roi-Fille dans les Contés, les Duchés et au delà, jusqu’aux Marches du royaume. Son temps fut rempli d’aventures et de péripéties dont je vous donnerais peut être relation, un jour prochain… si vous êtes suffisamment sages pour aller gentiment vous coucher à présent.
Ecrit pour les Impromptus Littéraires