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Bloc-notes de Toncrate

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Nous l’emporterons

 

Tous les soirs c’était la même farce ! La petite galère ! Il manquait toujours quelque chose au bon plaisir de mon amour. Ce jour là il n’y avait pas de sèche-cheveux… Ou alors on n’avait pas su le dégoter dans le bazar du squat ? Justine avait décrété qu’il fallait qu’elle sorte pour se sécher la tête à l’air libre. Afin de ne pas prendre froid elle avait choisi d’enfiler ma grosse veste taillée dans un cuir épais parce qu’elle était plus confortable que la sienne. Ensuite, sa brosse à la main, elle s’était avancée pieds nus dans l’allée cimentée de la villa, pour offrir sa tignasse au vent léger.

Moi, je m’étais rhabillé avant de la rejoindre au dehors. Il faisait nuit noire. De Justine je ne voyais dans la pénombre que deux longues jambes blafardes qui dépassaient du blouson et les mouvements ondoyants de sa crinière qu’elle brossait à l’aveuglette. Dans cet endroit on se sentait comme en dehors de la ville. Tout était calme et silencieux. Pas autant cependant : la grille de l’entrée grinça. Des co-squatters qui rentraient ?

 

Ils étaient deux, deux babas cool. Le gars avait la guitare dans le dos, la fille un tambourin à la main. Nous ne les avions pas encore aperçus au pavillon. Ils nous racontèrent qu’ils faisaient la manche à la terrasse des restaurants en jouant du Dylan. Ce genre de truc, ça marche encore plus le midi que le soir, alors ils faisaient gaffe de se coucher avant l’aurore pour ne pas louper un service. Ils étaient copains avec des copains de Sandrine… C’est comme ça qu’ils avaient eu l’adresse du squat. On avait parlé un moment sans but puis, comme s’il s’était senti des fourmis dans les doigts le mec avait déhoussé sa guitare.

 

Pour l’écouter jouer on s’est assis sur une sorte de poutre en bois, Joujou à côté de moi, et on est parti en voyage avec la musique. Le gars jouait drôlement bien, sa copine l’accompagnait d’instinct en chantant avec la voix d’un d’ange.

 

Il n’y avait aucune lumière d’allumée ; si la lune s’était levée, elle se trouvait en deçà de notre propre horizon. Nous étions dans une totale obscurité mais ça ne semblait pas déranger le musico qui savait ses morceaux par cœur à force de les répéter. Pendant le concert improvisé j’avais continué de passer la brosse dans les cheveux de mon amour pour achever de les sécher.

 

Puis, lassé de ce jeu, je me suis mis à la caresser gentiment. C’est à ce moment là que je me suis rendu compte qu’elle ne portait rien sous le blouson. Alors j’ai glissé mes doigts jusqu’au nid encore humide de son ventre et ma bouche a savamment cherché le délié de son oreille.

Sans se douter de nous, les jeunes gens continuaient d’interpréter des morceaux, Dylan, CSN&Y, Donovan, et d’autres douceurs dans le genre. Au moment où ils décidèrent de terminer le mini récital  je leur demandais une faveur… "We shall overcome…" la chanson de Joan Baez, notre chanson fétiche… Cette chanson qui, chaque fois que nous l’entendons, nous amène Justine et moi, directement au paradis…

 

 

Quasiment réécrit pour les Impromptus Littéraires


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