Ils sont fous ces oiseaux de mer qui se battent en duel sur des cases emmitouflées, les unes rouges du sang des autres, livides. Une panthère géométrique en soit bannie d’équivoque toutes les demi-heures afin que le diamant des yeux redevienne docile. Le vieillard s’écarte du chemin avec ses fourrures inacceptables, comme sorties d’un cockpit d’avion écrasé sur les prairies des hautes plaines. Le bras levé au-dessus de son crâne, une lanterne offusque la lumière. On pressent un sillage de mouettes par delà le sillage du ciel.
Des jeux d’ombres sans lumière apparente, des yeux d’automne, une symphonie de reflets - facettes ardentes - une atmosphère d’où émane une chaleur étrange, un paradoxe entre la pureté de l’hiver et la chair décomposée de son arrière saison, la réunion des astéroïdes fondamentaux sur une toile de maître empêtrée dans une étoile d’araignée.
Voilà un aspect mince de ce qui est peint dedans, une bifurcation de l’avenir et des souvenirs immenses comme ceux de l’océan éprouvés par les cris oppressants des goélands ignares.
A la lueur de sa vie chancelante le vieil homme est certain d’une chose : en dehors du monde marin il y a les terriers où les poissons se dissimulent, les stries de la terre féconde. Les plantes naissent sur la lèvre, ou se noient et la terre noire mime les vagues de la mer.
« Aux terriers les poissons mammifères ! … Les vivipares filiformes, dans vos trous d’eau ! »
Le vieux s’agenouille, se courbe, puis il creuse le vide, les mains mouillées par la terre charnelle, jusqu’à ce qu’il devienne puits, puits de diamants frais qui se jouent des soleils répercutés. Chaque matin en porte un nouveau vers la gloire, chacun décline à chaque crépuscule.
C’est au moment des labours que les poissons argentés fuient la terre et y retombent immanquablement. Les hommes, eux, ne font qu’y défalquer incessamment. Moi et le vieux, nous sommes de ceux-ci, nos images se sont perdues dans les remous de la mer pétrifiée et de nos piètres existences, seules restent perceptibles de dérisoires catadioptres.