nstinctivement Julia cherche à se dissimuler. Elle ne trouve rien de mieux qu’à se blottir entre les deux caissons qui forment son bureau, au-dessous du plateau métallique. Immobile, elle respire silencieusement par la bouche, pensant qu’elle aurait dû saisir le coupe-papier pour se défendre bec et ongles au lieu de se réfugier comme un bernard-l'ermite dans sa coquille. Elle regarde attentivement Néron, toujours planqué sous les casiers, en train d’observer dans la direction de l’inconnu qui lui a mordu si méchamment la queue.
De longues minutes s’écoulent qui semblent des heures à Julia. A cause de l’intervention du félin, Vatel s’est trouvé déstabilisé. Aussitôt il s’est accroupi derrière un gros pot de grès ocre-brun, mais il a perdu de vue la poulette à farcir. Compte tenu de l’endroit où il se trouvait au moment de l’incident, il est certain de ne pas avoir été aperçu. Dès lors il attend que sa proie se manifeste et il se persuade que ça ne saurait tarder. Pour mener à bien le plat principal de son menu de gala il est prêt à tout endurer.
*
— Julia !… Julia !
Les appels parviennent assourdis à ses oreilles mais Julia est trop tétanisée par la peur pour seulement bouger.
— Julia ! Où es-tu ? … Julia !
Comme le son se rapproche, la jeune femme reconnaît la voix de Philip. Il faut le prévenir mais comment faire ? Le malfaisant est sûrement là, à guetter dans la cour. D’ailleurs Néron n’a pas bougé d’un poil, ça prouve qu’il se méfie encore.
C’est au moment où Philip pénètre dans le bureau que tout s’accélère.
Julia crie :
— Fait attention ! Il y a un homme dehors !
Réalisant qu’il a été repéré Vatel perd son self-control. Il tend le bras et tire un coup de feu en direction de la voix. Le vacarme est assourdissant mais Philip ne s’en alarme pas outre mesure, à son tour il lâche un tir de semonce vers l’extérieur en s’assurant de viser assez haut.
— Jetez votre arme ! Rendez-vous Biairixe ! Je sais que c'est vous qui êtes là !
Comme seule réponse un nouveau coup de feu claque sèchement dans l'air moite. Puis des bruits de courses mélangés : du côté ami c’est Greg qui déboule à son tour dans le petit bureau, de l’autre c’est Vatel qui tente de prendre la fuite en fonçant à travers la cour. Philip hurle :
— Cours Greg ! Rattrape le ! Il ne faut pas qu’il s’échappe !
Greg se précipite, Bordiga crie:
— Et fait gaffe, il est armé le con !
Aussitôt que les deux hommes disparaissent dans l’appartement d’en face, Philip s’inquiète de Julia. Recroquevillée sous le bureau elle est en larmes, tremblante, émotionnée au plus au point.
— C’est fini ma chérie… Ça va aller maintenant.
Philip la tâte doucement
— Dis-moi ? Tu es blessée ? Il t’a fait du mal ? … Je vais appeler le SAMU.
— Non… non… Reste près de moi. Ça va aller. J’ai eu peur c'est tout. Oh ! Philip ! Ce type il voulait me tuer n’est-ce pas ?
— C’est fini maintenant… Il n’y a plus de danger mamour. Viens mon bébé. Viens, sors de là-dessous.
En prolongeant son discours apaisant Philip porte Julia jusque dans la chambre. Il est déchiré entre le besoin de réconforter sa compagne et le devoir qui l’appelle au dehors à la poursuite du tueur. C’est Julia qui a le dernier mot. En lui tenant la main fermement elle l’empêche de partir.
— Reste avec moi Philip, j’ai trop peur qu’il revienne, tu comprends ?
— Je suis là mon bébé, je suis là. Ne t’inquiète pas, maintenant je reste près de toi, je reste avec toi.